"Chaque livre a une âme. L'âme de celui qui l'a écrit, et l'âme de ceux qui l'ont lu, ont vécu et rêvé avec lui."

"Bientôt, l'idée s'empara de moi qu'un univers infini à explorer s'ouvrait derrière chaque couverture tandis qu'au-delà de ces murs le monde laissait s'écouler la vie en après-midi de football et en feuilletons de radio, satisfait de n'avoir pas à regarder beaucoup plus loin que son nombril. "

Carlos Ruiz Zafon

dimanche 20 janvier 2013

SALINGER J.D., L'attrape-coeurs, 1986, Pocket, Paris

Mes a priori

Julie, connaissant mon côté puriste m'avait parlé de la première page de L'attrape-coeurs.
"Si vous voulez vraiment que je vous dise, alors sûrement la première chose que vous allez demander c'est où je suis né, et à quoi ça a ressemblé, ma saloperie d'enfance, et ce que faisaient mes parents avant de m'avoir, et toutes ces conneries à la David Copperfield, mais j'ai pas envie de raconter ça et tout."
Ça commençait bien! Je vous passe les "et tout", plus que présents.
Et puis...ce titre m'a rappelé des souvenirs. Je connaissais ce titre!
Et voilà qu'un jour, cela me revient en écoutant Imagine de John Lennon!
Comment ai-je pu oublier? L'attrape-coeurs est le livre que portait sur lui Mark David Chapman. L'assassin de Lennon.
Nous sommes en 1980. Les Beatles sont séparés depuis 10 ans.
Alors que John Lennon reprenait les enregistrements, après une période de non activité consacrée à son fils (son second fils, celui qu'il a eu avec Yoko Ono), il rentre avec Yoko Ono dans leur résidence. C'est là que Mark David Chapman les attend et tire à 5 reprises sur John Lennon. Un mythe s'éteint. Les Beatles ne se reformeront plus jamais, John Lennon est mort, imaginez (Jeu de mot pourri, je vous le concède).
Mais une autre histoire incroyable voit le jour. Une grande mort pour un grand homme.
Mark David Chapman est immédiatement arrêté.
On retrouve sur lui, un album de John Lennon muni d'un autographe de Lennon lui-même, fait quelques heures plus tôt, devant cette même résidence.
Et L'attrape-coeurs de Salinger. Il se dit que Chapman aurait dit que les réponses se trouvaient dans le livre. Chapman aurait justifié son acte par son dégoût d'un John Lennon qui prône un monde sans richesse dans Imagine  (chose que Chapman aurait presque pris pour des paroles divines) et qui ne respecte pas lui-même ses préceptes (inutile de dire que les Beatles ne vivent pas sous les ponts après le succès qu'ils ont eu).
Il va sans dire que cela mettait du piment à ma lecture. Moi, la fan ultime.




Après la lecture.
Bon, le style est passé. J'ai dû m'accrocher, je ne le nierai pas. Mais après, on s'habitue.
Bien sûr, le style est choquant pour l'époque. Même si à certains égard, il paraît pour nous, très moderne. Le personnage, Holden Caulfield déteste tout, jusqu'aux détails insignifiants. Ce qui n'échappe pas à ses proches.
" En montant l'escalier, subitement, j'ai cru que j'allais encore vomir. Mais ça a passé. Je me suis assis une seconde. Aussitôt je me suis senti mieux. Mais pendant que j'étais assis, j'ai vu quelque chose qui m'a rendu cinglé. Quelqu'un avait écrit "je t'enc..." sur le mur. Ca m'a presque rendu cinglé. [...]
J'aurais bien tué celui qui avait écrit ça. Je supposais que c'était un clochard pervers qui se glissait dans l'école tard le soir pour pisser et puis écrire ça sur le mur. Je me voyais le prendre sur le fait et lui écraser la tête contre les marches de pierre jusqu'à ce qu'il soit mort et en sang. Mais en même temps, je savais que j'aurais pas le cran de le faire." pp 239-240.
Il déteste que les gens aient une valise moins bien que la sienne, il déteste ses camarades de classe, il a envie de battre sa soeur...
Il fait des choix irrationnels, passent d'une envie à un autre. Veut bigophoner (téléphoner) à tout le monde, quelque soit l'heure du jour ou de la nuit, même à des gens qu'il n'aime pas.
Pendant une nuit, il prend plus le taxi que moi dans 3 vies. Il demande après une prostituée, puis n'en veut plus. Il va à une soirée, puis la quitte précipitamment. Il veut être avec Sally Hayes puis ne veut plus la voir. Il s'imagine avoir reçu une balle dans le ventre. Il se sent bien souvent déprimé, malade. Sans raison apparente.
C'est assez déroutant, très difficile à suivre. Bien sûr, on a l'impression d'être dans la tête d'un fou.
Je pensais qu'il allait déraper, que cela expliquerait son comportement, mais non.
J'aurais voulu en savoir un peu plus. Sur la dernière page il semble être dans un hôpital. Il dit être tombé malade, mais refuse de nous en dire plus.
Certains analysent sa façon de s'adresser à un vous, comme s'il parlait à un psychanalyste. Je ne l'ai pas perçu ainsi, il parle d'un psychanalyste et de se faire psychanalyser, mais rien ne me fait penser que c'est pour ça qu'il s'adresse à un "vous".
J'ai comme l'impression qu'il me manque une clef pour comprendre ce livre, pour vraiment en tirer quelque chose.
Il m'a troublée, mais je n'arrive pas à m'expliquer pourquoi.
Je vais essayer de décanter tout ça!
En attendant, cela ne m'a pas aidé à comprendre pourquoi Chapman a fait référence à ce livre.
En attendant, je vous poste la chanson de John Lennon, Imagine qui est pour moi sa plus belle chanson en dehors des Beatles et qui transmet un magnifique message d'amour et de paix.
Ainsi que celle que Paul McCartney (mon préféré du groupe, sans aucune doute) a écrite à la mort de John Lennon et qu'il chante à chaque concert, dont celui d'Anvers où j'étais!


jeudi 3 janvier 2013

KEYES Daniel, Des fleurs pour Algernon, J'ai lu, 1972, Paris

"Robots et martiens ne courent pas les étagères de l’école, peu de classes explorent Pluton ou Ganymède au travers d’un roman. Genre littéraire souvent considéré comme mineur, la science-fiction reste peu étudiée à l’école. Livres de garçons, critiques ou apologies simplistes du progrès technique, évasion facile dans les étoiles ou pauvreté linguistique, autant d’arguments qui, croit-on, justifient que la science-fiction reste une lecture de la cour de récréation."  Jean-Marc Ligny

La science-fiction. Oh genre méconnu par excellence.
Je n'avais dans ma bibliothèque, aucun livre de ce genre avant d'entamer mon régendat. Je pensais que la science-fiction était tout juste une affaire de geeks qui se réunissaient en cachette le soir pour parler de robots et de planètes en jouant avec des épées lasers. Bon, j'exagère, mais c'était presque ça.
Et puis, bien sûr, comme il faut gouter à tout, j'y ai gouté. En jeunesse comme en littérature générale.
Et bien, je m'étais trompée (je n'ai pas trouvé de mot plus fort!). Complètement.
On a pu voir que la science-fiction regroupait beaucoup plus que cela. Déjà, parce qu'elle compte énormément de sous-divisions.
Un panel pour contenter chacun d'entre nous. Ou presque.
Ma sous-division préférée?  La science-fiction d'anticipation et l'uchronie. J'aime assez quand les histoires restent réalistes. Donc je pense avoir plus de mal avec le space opera.
Je ne suis pas la seule, à m'être trompée sur ce genre. Je pense que la plupart de mes collègues de classe partageaient mes idées préconçues.
Alors sommes-nous une minorité intolérante? Ou le reflet de ce que pensent la plupart des jeunes? A voir dans mon prochain article (Oui ici, je suis plutôt dans la subjectivité).

Et puis, je me suis prise au jeu. J'ai lu d'autres livres de science-fiction. Sous les conseils avisés d'un ami. Découvrant ainsi 1984, Le meilleur des mondes.
Comment ai-je pu si longtemps me priver de tels plaisirs?
Alors quand j'ai découvert le livre de science-fiction de cette année, je n'ai pu que m'enthousiasmer. Avec excès. Comme toujours. Mais j'ai bien fait. Cet enthousiasme est resté, tout au long de ma lecture.
J'ai même aimé les fautes d'orthographe. Pas pour elles-mêmes, mais pour la place qu'elles ont dans le récit. La logique dont elles sont la preuve.
Le narrateur est un homme de 32 ans qui écrit comme un enfant de 7 ans (tant au niveau de la forme que du fond). Cela surprend au premier abord, surtout si comme moi, on a été trop pressé pour lire la 4 ème de couverture.
Il souhaite être intelligent. Comme nous tous en somme. Mais il le veut de toutes ses forces."Le Pr Nemur a dit mais dabor pourquoi avez tu anvie daprendre à lire et à écrire. Je lui ai dit pasque toute ma vie jai eu anvie detre un télijen au lieu detre bète et que ma maman m'avez toujour dit d'essaié daprendre comme me le dit Miss Kinnian mais cé très dificile detre untélijen et même quand japrend quelque chose au cours de Miss Kinnian à l'école jan oubli bocou". pp 10-11 Des fleurs pour Algernon.
Et la science peut lui offrir cette (mal)chance. L'écriture sous forme de comptes rendus nous permet de suivre pas à pas l'évolution de Charlie Gordon grâce à son vocabulaire qui s'étoffe de jour en jour, ses expériences qui deviennent de plus en plus enrichissantes et aussi son orthographe (bien que ce ne soit pas une preuve d'intelligence!).
On retrouve deux Charlie Gordon dans le livre: un Charlie qui a tout d'un enfant et qui nous attendrit de par sa naïveté. Pour qui on a le cœur brisé également comme lorsque l'on réalise que ses prétendus amis ne font que se moquer de lui et qu'il n'a rien compris.
"Ils m'ont fait boire des tas de verre et Joe a dit Charlie est sensass quand il a un coup dans l'aile. Je pense que cela veut dire qu'ils m'aiment bien. On passe de bons moments ensemble mais je suis impatient d'être intelligent comme mes meilleurs amis Joe Carp et Frank Reilly.
Je ne me rappellle pas comment la soirée s'est terminée mais ils m'ont dit d'aller voir au coin de la rue s'il pleuvait et quand je suis revenu il n'y avait plus personne. Peut-être qu'ils étaient parti me chercher. Je les ai cherché partout tard dans la nuit. Mais je me suis perdu et j'étais fâché après moi de m'être perdu parce que je parie qu'Algernon pourrait aller et venir cent fois dans toutes ces rues sans jamais se perdre comme moi.
Et puis je ne me rappelle plus très bien mais Mrs Flynn dit qu'un gentil agent de police m'a ramené à la maison" pp 30-31
Et l'autre Charlie, celui que le Dr Strauss et le Dr Nemur se targuent d'avoir créé. Un homme extrêmement intelligent, plus que ses "concepteurs", mais un homme tourmenté. Rejeté par les hommes qui se sentent rabaissés par son intelligence.

Et ce que je préfère dans la science-fiction. Les réflexions que  sous tendent de tels récits. Où est le bonheur? Dans l'ignorance ou dans le savoir? Le fait de savoir, n'est-ce pas une insulte à ceux qui ignorent?
Ici une belle réflexion sur l'intelligence. On voudrait tous tout savoir, avoir les réponses à tout. Enfin, on voulait, avant de concrétiser cette pensée dans une lecture. Encore une fois, la science-fiction nous permet de voir les défaut d'une société dont on pourrait rêver, dont on rêve ou dans laquelle on vit. Rien n'est parfait.

Les enfants, bien souvent, voudraient tout savoir, sur le pourquoi du comment. "Dis maman, pourquoi les nuages? et pourquoi la terre? et pourquoi? et pourquoi? ..."
Pour finir par se poser de moins en moins de questions. Notre société est-elle un vrai tremplin au savoir? Je ne pense pas.

"La vérité sort de la bouche des enfants. A l'école primaire, une insulte infâme était d'être traité d'intello; plus tard être intellectuel devient presque une qualité. Mais c'est un mensonge : l'intelligence est une tare. Comme les vivants savent qu'ils vont mourir, alors que les morts ne savent rien, je pense qu'être intelligent est pire que d'être bête, parce que quelqu'un de bête ne s'en rend pas compte, tandis que quelqu'un d'intelligent, même humble et modeste le sait forcément". P 45-46 de Comment je suis devenu stupide

J'aimerais pouvoir dire "Rolala, heureusement, ce n'est pas le cas chez nous, en Belgique, nous sommes préservés". Mais je ne peux pas. Oui, l'insulte intello est fréquemment utilisées dans nos écoles. Et c'est à pleurer. Oui, dans notre société, être intelligent est une tare. Parce que cela créé irrémédiablement de la jalousie. "Si tu es intelligent, tu réussiras bien ta vie?" Oui mais...et si je ne le suis pas? Et si quelqu'un l'est plus? Et est-ce que ça va me permettre d'être heureux? D'avoir une vie sociale?

Notre société fustige trop souvent ceux qu'elle devrait admirer.


Voici une adaptation de ce livre, datant de 1968. C'est le moment de la conférence où Charlie s'échappe.


http://www.cndp.fr/savoirscdi/index.php?id=733
PAGE Martin, Comment je suis devenu stupide, J'ai lu, 2000, Paris

mercredi 2 janvier 2013

L'art hispanique


Suite à la rédaction d'un commentaire répondant à mon professeur sur la littérature hispanique, j'ai décidé de m'intéresser quelque peu à cette culture hispanique (littérature, films, pas la nourriture) j'ai pensé au film Le labyrinthe de pan, que j'avais tant aimé. Et qui, au fond, par son ambiance très particulière de guerre, sa façon de jouer entre fantastique et récit vraissemblable me rappelle Carlos Ruiz Zafon.
Une preuve que je n'ai pas toujours détesté les fins ouvertes.

Résumé:
Espagne, 1944. Fin de la guerre.
Carmen, récemment remariée, s'installe avec sa fille Ofélia chez son nouvel époux, le très autoritaire Vidal, capitaine de l'armée franquiste.
Alors que la jeune fille se fait difficilement à sa nouvelle vie, elle découvre près de la grande maison familiale un mystérieux labyrinthe. Pan, le gardien des lieux, une étrange créature magique et démoniaque, va lui révéler qu'elle n'est autre que la princesse disparue d'un royaume enchanté.
Afin de découvrir la vérité, Ofélia devra accomplir trois dangereuses épreuves, que rien ne l'a préparé à affronter...


Un autre film hispanique, L'orphelinat. Un film bouleversant et angoissant. Encore un film qui nous laisse le choix entre le vraisemblable et l'invraisemblable. Comme dans Le labyrinthe de pan, j'ai sursauté, tremblé. Mais là, à répétition. Comme je n'aime pas avoir peur, je ne suis pas une grande fan de ce film qui pourtant à mon sens est très bien réalisé. Car il laisse vraiment deux possibilités au lecteur, à l'instar de Shutter Island (qui m'a aussi pas mal angoissée). On y retrouve le goût de Zafon pour les maisons hantées (par une histoire chez Zafon) et ici peut-être par des fantômes. Le passé des habitations revient dans chaque roman de Zafon et on le retrouve ici aussi. Comme chez Tatiana De Rosnay également. Pour ces auteurs, les murs ont une histoire et ils aiment nous la conter. Et apparemment, j'aime les lire puisque ce sont deux auteurs chers à mon cœur. Mais Zafon le fait, à mon sens, avec plus de talent parce qu'il amène avec lui une véritable ambiance.


Résumé:
 Laura a passé son enfance dans un orphelinat entourée d'autres enfants qu'elle aimait comme ses frères et soeurs. Adulte, elle retourne sur les lieux avec son mari et son fils de sept ans, Simon, avec l'intention de restaurer la vieille maison. La demeure réveille l'imagination de Simon, qui commence à se livrer à d'étranges jeux avec "ses amis"... Troublée, Laura se laisse alors aspirer dans l'univers de Simon, convaincue qu'un mystère longtemps refoulé est tapi dans l'orphelinat...

Je ne pouvais pas parler de L'orphelinat sans penser et parler du film Les autres, autre très bon film hispanique. Un film qui m'a marqué par sa fin plus que surprenante. Encore une fois, on ressent la même tension due aux présences de fantômes. Encore une maison hantée par son histoire passée.

Résumé:
En 1945, dans une immense demeure victorienne isolée sur l'île de Jersey située au large de la Normandie, vit Grace, une jeune femme pieuse, et ses deux enfants, Anne et Nicholas. Les journées sont longues pour cette mère de famille qui passe tout son temps à éduquer ses enfants en leur inculquant ses principes religieux. Atteints d'un mal étrange, Anne et Nicholas ne doivent en aucun cas être exposés à la lumière du jour. Ils vivent donc reclus dans ce manoir obscur, tous rideaux tirés.
Un jour d'épais brouillard, trois personnes frappent à la porte du manoir isolé, en quête d’un travail. Grace, qui a justement besoin d'aide pour l'entretien du parc ainsi que d’une nouvelle nounou pour ses enfants, les engage. Dès lors, des événements étranges surviennent dans la demeure...

Bon, les hispaniques semblent aimer parler dans leurs films en tout cas du passé, des maisons "hantées". Ici, sur les 3 films proposés, 2 se déroulent pendant la seconde guerre mondiale (Chez Zafon aussi). Ils semblent assez friands de fins ouvertes (le jeu de l'ange de Zafon aussi) et de flirt entre vraisemblable et invraisemblable.
Bien sûr, ce n'est qu'une analyse personnelle et sans doute orientée. Mais c'est assez intéressant. Il me reste à lire Don Quichotte et l'auteur que vous m'avez conseillé et j'en sortirai plus éveillée aux œuvres hispaniques pour lesquelles je ne pensais pas avoir de dispositions. Me serais-je trompée?