"Chaque livre a une âme. L'âme de celui qui l'a écrit, et l'âme de ceux qui l'ont lu, ont vécu et rêvé avec lui."

"Bientôt, l'idée s'empara de moi qu'un univers infini à explorer s'ouvrait derrière chaque couverture tandis qu'au-delà de ces murs le monde laissait s'écouler la vie en après-midi de football et en feuilletons de radio, satisfait de n'avoir pas à regarder beaucoup plus loin que son nombril. "

Carlos Ruiz Zafon

jeudi 3 janvier 2013

KEYES Daniel, Des fleurs pour Algernon, J'ai lu, 1972, Paris

"Robots et martiens ne courent pas les étagères de l’école, peu de classes explorent Pluton ou Ganymède au travers d’un roman. Genre littéraire souvent considéré comme mineur, la science-fiction reste peu étudiée à l’école. Livres de garçons, critiques ou apologies simplistes du progrès technique, évasion facile dans les étoiles ou pauvreté linguistique, autant d’arguments qui, croit-on, justifient que la science-fiction reste une lecture de la cour de récréation."  Jean-Marc Ligny

La science-fiction. Oh genre méconnu par excellence.
Je n'avais dans ma bibliothèque, aucun livre de ce genre avant d'entamer mon régendat. Je pensais que la science-fiction était tout juste une affaire de geeks qui se réunissaient en cachette le soir pour parler de robots et de planètes en jouant avec des épées lasers. Bon, j'exagère, mais c'était presque ça.
Et puis, bien sûr, comme il faut gouter à tout, j'y ai gouté. En jeunesse comme en littérature générale.
Et bien, je m'étais trompée (je n'ai pas trouvé de mot plus fort!). Complètement.
On a pu voir que la science-fiction regroupait beaucoup plus que cela. Déjà, parce qu'elle compte énormément de sous-divisions.
Un panel pour contenter chacun d'entre nous. Ou presque.
Ma sous-division préférée?  La science-fiction d'anticipation et l'uchronie. J'aime assez quand les histoires restent réalistes. Donc je pense avoir plus de mal avec le space opera.
Je ne suis pas la seule, à m'être trompée sur ce genre. Je pense que la plupart de mes collègues de classe partageaient mes idées préconçues.
Alors sommes-nous une minorité intolérante? Ou le reflet de ce que pensent la plupart des jeunes? A voir dans mon prochain article (Oui ici, je suis plutôt dans la subjectivité).

Et puis, je me suis prise au jeu. J'ai lu d'autres livres de science-fiction. Sous les conseils avisés d'un ami. Découvrant ainsi 1984, Le meilleur des mondes.
Comment ai-je pu si longtemps me priver de tels plaisirs?
Alors quand j'ai découvert le livre de science-fiction de cette année, je n'ai pu que m'enthousiasmer. Avec excès. Comme toujours. Mais j'ai bien fait. Cet enthousiasme est resté, tout au long de ma lecture.
J'ai même aimé les fautes d'orthographe. Pas pour elles-mêmes, mais pour la place qu'elles ont dans le récit. La logique dont elles sont la preuve.
Le narrateur est un homme de 32 ans qui écrit comme un enfant de 7 ans (tant au niveau de la forme que du fond). Cela surprend au premier abord, surtout si comme moi, on a été trop pressé pour lire la 4 ème de couverture.
Il souhaite être intelligent. Comme nous tous en somme. Mais il le veut de toutes ses forces."Le Pr Nemur a dit mais dabor pourquoi avez tu anvie daprendre à lire et à écrire. Je lui ai dit pasque toute ma vie jai eu anvie detre un télijen au lieu detre bète et que ma maman m'avez toujour dit d'essaié daprendre comme me le dit Miss Kinnian mais cé très dificile detre untélijen et même quand japrend quelque chose au cours de Miss Kinnian à l'école jan oubli bocou". pp 10-11 Des fleurs pour Algernon.
Et la science peut lui offrir cette (mal)chance. L'écriture sous forme de comptes rendus nous permet de suivre pas à pas l'évolution de Charlie Gordon grâce à son vocabulaire qui s'étoffe de jour en jour, ses expériences qui deviennent de plus en plus enrichissantes et aussi son orthographe (bien que ce ne soit pas une preuve d'intelligence!).
On retrouve deux Charlie Gordon dans le livre: un Charlie qui a tout d'un enfant et qui nous attendrit de par sa naïveté. Pour qui on a le cœur brisé également comme lorsque l'on réalise que ses prétendus amis ne font que se moquer de lui et qu'il n'a rien compris.
"Ils m'ont fait boire des tas de verre et Joe a dit Charlie est sensass quand il a un coup dans l'aile. Je pense que cela veut dire qu'ils m'aiment bien. On passe de bons moments ensemble mais je suis impatient d'être intelligent comme mes meilleurs amis Joe Carp et Frank Reilly.
Je ne me rappellle pas comment la soirée s'est terminée mais ils m'ont dit d'aller voir au coin de la rue s'il pleuvait et quand je suis revenu il n'y avait plus personne. Peut-être qu'ils étaient parti me chercher. Je les ai cherché partout tard dans la nuit. Mais je me suis perdu et j'étais fâché après moi de m'être perdu parce que je parie qu'Algernon pourrait aller et venir cent fois dans toutes ces rues sans jamais se perdre comme moi.
Et puis je ne me rappelle plus très bien mais Mrs Flynn dit qu'un gentil agent de police m'a ramené à la maison" pp 30-31
Et l'autre Charlie, celui que le Dr Strauss et le Dr Nemur se targuent d'avoir créé. Un homme extrêmement intelligent, plus que ses "concepteurs", mais un homme tourmenté. Rejeté par les hommes qui se sentent rabaissés par son intelligence.

Et ce que je préfère dans la science-fiction. Les réflexions que  sous tendent de tels récits. Où est le bonheur? Dans l'ignorance ou dans le savoir? Le fait de savoir, n'est-ce pas une insulte à ceux qui ignorent?
Ici une belle réflexion sur l'intelligence. On voudrait tous tout savoir, avoir les réponses à tout. Enfin, on voulait, avant de concrétiser cette pensée dans une lecture. Encore une fois, la science-fiction nous permet de voir les défaut d'une société dont on pourrait rêver, dont on rêve ou dans laquelle on vit. Rien n'est parfait.

Les enfants, bien souvent, voudraient tout savoir, sur le pourquoi du comment. "Dis maman, pourquoi les nuages? et pourquoi la terre? et pourquoi? et pourquoi? ..."
Pour finir par se poser de moins en moins de questions. Notre société est-elle un vrai tremplin au savoir? Je ne pense pas.

"La vérité sort de la bouche des enfants. A l'école primaire, une insulte infâme était d'être traité d'intello; plus tard être intellectuel devient presque une qualité. Mais c'est un mensonge : l'intelligence est une tare. Comme les vivants savent qu'ils vont mourir, alors que les morts ne savent rien, je pense qu'être intelligent est pire que d'être bête, parce que quelqu'un de bête ne s'en rend pas compte, tandis que quelqu'un d'intelligent, même humble et modeste le sait forcément". P 45-46 de Comment je suis devenu stupide

J'aimerais pouvoir dire "Rolala, heureusement, ce n'est pas le cas chez nous, en Belgique, nous sommes préservés". Mais je ne peux pas. Oui, l'insulte intello est fréquemment utilisées dans nos écoles. Et c'est à pleurer. Oui, dans notre société, être intelligent est une tare. Parce que cela créé irrémédiablement de la jalousie. "Si tu es intelligent, tu réussiras bien ta vie?" Oui mais...et si je ne le suis pas? Et si quelqu'un l'est plus? Et est-ce que ça va me permettre d'être heureux? D'avoir une vie sociale?

Notre société fustige trop souvent ceux qu'elle devrait admirer.


Voici une adaptation de ce livre, datant de 1968. C'est le moment de la conférence où Charlie s'échappe.


http://www.cndp.fr/savoirscdi/index.php?id=733
PAGE Martin, Comment je suis devenu stupide, J'ai lu, 2000, Paris

2 commentaires:

  1. "Où est le bonheur? Dans l'ignorance ou dans le savoir? Le fait de savoir, n'est-ce pas une insulte à ceux qui ignorent?"
    C'est la question d'une vie, et particulièrement de la nôtre ! Insultons-nous nos élèves quand on sait quelque chose qu'ils ne savent pas ? Prenons-nous pour des êtres supérieurs parce que nous sommes plus cultivé que d'autres ? Ne nous moquons-nous pas de certaines ignorances?
    Tout cela nous rend-il heureux ? Je n'en sais rien. Je ne crois pas en tout cas que ce soit la clé du bonheur, qui, elle, se trouve dans des choses plus simples, plus humaines, comme Charlie Gordon d'avant nous le rappelle, le rapport humain, l'amitié.
    L'intelligence n'est pas le bon mot, je dirais la culture clive, sépare, catégorise...

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  2. La véritable question, au-delà de l'éducation, est : est-ce que notre capacité à comprendre (intelligere = comprendre en latin) nous rend heureux ? Est-ce nécessaire, indispensable à notre vie ? Et finalement, qu'est-ce que la connaissance, se limite-t-elle à des données scientifiques ? Vois Charlie, il est un génie "scientifique", mais humainement, qui est-il ? Un livre très profond...

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