Mes a priori
Julie, connaissant mon côté puriste m'avait parlé de la première page de L'attrape-coeurs.
"Si vous voulez vraiment que je vous dise, alors sûrement la première
chose que vous allez demander c'est où je suis né, et à quoi ça a
ressemblé, ma saloperie d'enfance, et ce que faisaient mes parents avant
de m'avoir, et toutes ces conneries à la David Copperfield, mais j'ai
pas envie de raconter ça et tout."
Ça commençait bien! Je vous passe les "et tout", plus que présents.
Et puis...ce titre m'a rappelé des souvenirs. Je connaissais ce titre!
Et voilà qu'un jour, cela me revient en écoutant Imagine de John Lennon!
Comment ai-je pu oublier? L'attrape-coeurs est le livre que portait sur lui Mark David Chapman. L'assassin de Lennon.
Nous sommes en 1980. Les Beatles sont séparés depuis 10 ans.
Alors que John Lennon reprenait les enregistrements, après une période de non activité consacrée à son fils (son second fils, celui qu'il a eu avec Yoko Ono), il rentre avec Yoko Ono dans leur résidence. C'est là que Mark David Chapman les attend et tire à 5 reprises sur John Lennon. Un mythe s'éteint. Les Beatles ne se reformeront plus jamais, John Lennon est mort, imaginez (Jeu de mot pourri, je vous le concède).
Mais une autre histoire incroyable voit le jour. Une grande mort pour un grand homme.
Mark David Chapman est immédiatement arrêté.
On retrouve sur lui, un album de John Lennon muni d'un autographe de Lennon lui-même, fait quelques heures plus tôt, devant cette même résidence.
Et L'attrape-coeurs de Salinger. Il se dit que Chapman aurait dit que les réponses se trouvaient dans le livre. Chapman aurait justifié son acte par son dégoût d'un John Lennon qui prône un monde sans richesse dans Imagine (chose que Chapman aurait presque pris pour des paroles divines) et qui ne respecte pas lui-même ses préceptes (inutile de dire que les Beatles ne vivent pas sous les ponts après le succès qu'ils ont eu).
Il va sans dire que cela mettait du piment à ma lecture. Moi, la fan ultime.
Après la lecture.
Bon, le style est passé. J'ai dû m'accrocher, je ne le nierai pas. Mais après, on s'habitue.
Bien sûr, le style est choquant pour l'époque. Même si à certains égard, il paraît pour nous, très moderne. Le personnage, Holden Caulfield déteste tout, jusqu'aux détails insignifiants. Ce qui n'échappe pas à ses proches.
" En montant l'escalier, subitement, j'ai cru que j'allais encore vomir. Mais ça a passé. Je me suis assis une seconde. Aussitôt je me suis senti mieux. Mais pendant que j'étais assis, j'ai vu quelque chose qui m'a rendu cinglé. Quelqu'un avait écrit "je t'enc..." sur le mur. Ca m'a presque rendu cinglé. [...]
J'aurais bien tué celui qui avait écrit ça. Je supposais que c'était un clochard pervers qui se glissait dans l'école tard le soir pour pisser et puis écrire ça sur le mur. Je me voyais le prendre sur le fait et lui écraser la tête contre les marches de pierre jusqu'à ce qu'il soit mort et en sang. Mais en même temps, je savais que j'aurais pas le cran de le faire." pp 239-240.
Il déteste que les gens aient une valise moins bien que la sienne, il déteste ses camarades de classe, il a envie de battre sa soeur...
Il fait des choix irrationnels, passent d'une envie à un autre. Veut bigophoner (téléphoner) à tout le monde, quelque soit l'heure du jour ou de la nuit, même à des gens qu'il n'aime pas.
Pendant une nuit, il prend plus le taxi que moi dans 3 vies. Il demande après une prostituée, puis n'en veut plus. Il va à une soirée, puis la quitte précipitamment. Il veut être avec Sally Hayes puis ne veut plus la voir. Il s'imagine avoir reçu une balle dans le ventre. Il se sent bien souvent déprimé, malade. Sans raison apparente.
C'est assez déroutant, très difficile à suivre. Bien sûr, on a l'impression d'être dans la tête d'un fou.
Je pensais qu'il allait déraper, que cela expliquerait son comportement, mais non.
J'aurais voulu en savoir un peu plus. Sur la dernière page il semble être dans un hôpital. Il dit être tombé malade, mais refuse de nous en dire plus.
Certains analysent sa façon de s'adresser à un vous, comme s'il parlait à un psychanalyste. Je ne l'ai pas perçu ainsi, il parle d'un psychanalyste et de se faire psychanalyser, mais rien ne me fait penser que c'est pour ça qu'il s'adresse à un "vous".
J'ai comme l'impression qu'il me manque une clef pour comprendre ce livre, pour vraiment en tirer quelque chose.
Il m'a troublée, mais je n'arrive pas à m'expliquer pourquoi.
Je vais essayer de décanter tout ça!
En attendant, cela ne m'a pas aidé à comprendre pourquoi Chapman a fait référence à ce livre.
En attendant, je vous poste la chanson de John Lennon, Imagine qui est pour moi sa plus belle chanson en dehors des Beatles et qui transmet un magnifique message d'amour et de paix.
Ainsi que celle que Paul McCartney (mon préféré du groupe, sans aucune doute) a écrite à la mort de John Lennon et qu'il chante à chaque concert, dont celui d'Anvers où j'étais!
Sarah, je suis de ton avis, il nous manque une clé de lecture pour comprendre...
RépondreSupprimerQuel lien existe-t-il entre Holden Caufield et JD Salinger ? J'ai pu lire que Salinger n'utilisait que 5/6 personnages, donc HD, pour écrire ses nouvelles et son seul et unique roman. Qui est-il ? Et que fait-il dans un hôpital ? La thèse de la psychanalyse est plausible, car dans les premières lignes du roman, il dit : "Vous allez me demandez à quoi ressemblait ma saloperie d'enfance" ...
On va devoir y réfléchir !
J'espère que Mme Audin va nous éclairer parce que j'aimerais vraiment comprendre!
SupprimerUn roman troublant en effet ! Il est d'abord paru en feuilleton dans un magazine, puis en roman en 1951, traduit en 1953... Le personnage principal est le type du "angry young man" si célèbre dans la teenage fiction anglo-saxonne. Il a d'ailleurs été censuré à sa sortie au USA, d'où le succès assuré... Sa forme en "je" est intéressante, oui, mais j'avoue simplement ne pas avoir été très ébranlée par le récit... Je le trouve, personnellement, un peu vieilli. Mais c'est un incontournable de la littérature ado, un classique ! Un précurseur en quelque sorte...
RépondreSupprimer