"Chaque livre a une âme. L'âme de celui qui l'a écrit, et l'âme de ceux qui l'ont lu, ont vécu et rêvé avec lui."

"Bientôt, l'idée s'empara de moi qu'un univers infini à explorer s'ouvrait derrière chaque couverture tandis qu'au-delà de ces murs le monde laissait s'écouler la vie en après-midi de football et en feuilletons de radio, satisfait de n'avoir pas à regarder beaucoup plus loin que son nombril. "

Carlos Ruiz Zafon

vendredi 15 février 2013

KRESSMANN TAYLOR Katherine, Inconnu à cette adresse, J'ai lu, Paris, 2012

J'avais acheté cette nouvelle il y a peu. Elle trônait près de la caisse de ma librairie de Dinant, attendant que j'arrive.
Premièrement, Madame Centi l'avait épinglé comme "Un tout bon récit!", mais bon, je ne peux pas acheter tous les récits approuvés par Madame Centi, ça viendra, je l'espère, mais chaque chose en son temps. Mon portefeuille ne serait pas capable de subir une telle dépense!
Ensuite, ma maître de stage de morale de novembre m'en avait parlé, elle l'avait fait lire à ses élèves pour leur parler de la Shoah.
Et enfin, l'argument le moins appréciable parce qu'il montre que même si je connais les viles pratiques des vendeurs, je n'y suis pas insensible: il était à la caisse. Vous savez, juste devant vos yeux. L'article que vous ne pouvez pas manquer, que vous ne comptiez pas acheter, m'enfin, comme on vous le met juste sous les yeux vous craquez!

Je l'ai lu rapidement, contrairement à tous les livres qui attendent que je sois en congé ou que mes professeurs arrêtent de me noyer de travail, au choix. C'est une nouvelle de 85 pages. Il faudrait être de mauvaise foi pour ne pas les lire, ces pages!

Cette nouvelle est sous forme de lettres, ce qui me permet de l'aborder en stage lors de ma leçon sur le récit de vie. J'avais George Sand pour les lettres factuelles, j'ai Kressmann Taylor pour les lettres fictionnelles. Chouette!

Inconnu à cette adresse, c'est bref, c'est intense. J'avais une crainte : que la brièveté de la nouvelle ne précipite les événements et devienne invraisemblable. Mais cela ne m'a pas choquée outre mesure. Ce n'est pas un récit gentillet, loin de là. Toute l'humanité, dans ce qu'elle a de bon et de mauvais ressort par là : l'amitié, la trahison, la vengeance. Je me réjouis qu'il n'y ait pas de manichéisme, cela rend le récit plus intéressant à exploiter, notamment en morale.
Qu'aurais-je fait si mon meilleur ami avait fermé les yeux sur la détresse de ma sœur, la jetant ainsi en pâture? La vengeance est-elle une solution?

Mais ce qui fait de ce récit une grande œuvre, ce que j'ai envie d'applaudir à m'en faire mal aux mains, c'est la lucidité dont fait preuve l'auteur! Parce que ce récit n'est pas seulement une nouvelle géniale, c'est aussi une œuvre qui aurait pu, qui aurait dû alerter le monde.
Kressman Taylor a écrit cette nouvelle fictive après avoir lu certaines lettres qui elles, étaient bien réelles. En 1938, l'auteur a une vision très nette de ce qui se passe en Allemagne et de ce qui va se passer dans le monde. Et elle l'écrit, en 1938 elle parle de censure, de camps de concentration. Cette américaine mère de famille en savait donc plus que les dirigeants européens? Auschwitz n'était pas encore construit en 38... Cette femme a su lire les signes annonciateurs d'une catastrophe.

Comme je le sais? Par la lecture de l'introduction et de l'épilogue, qui ici, apportent vraiment quelque chose au récit. C'est un plus qui vient vraiment donner encore plus de force à un récit qui en avait déjà beaucoup.

J'ai aimé, j'ai adoré, je recommande!
Je l'utiliserai en mars, mais pas seulement!


Allez, j'ai envie de partager avec vous ce chant de la résistance, après avoir lu Jorge Semprun L'écriture ou la vie et Kressman Taylor Inconnu à cette adresse dans un intervalle très court. Une chanson qui remue pas mal de chose chez moi, moi qui suis souvent plongée dans ce genre de récits. Parce que ces récits, ce ne sont pas que des histoires qui font froid dans le dos, même lorsque la réalité est romancée comme Inconnu à cette adresse, ce sont les histoires, les souffrances de milliers de personnes : des juifs, des prisonniers politiques, des homosexuels, des handicapés, des "asociaux", des tziganes...



3 commentaires:

  1. Un magnifique livre... dont on fait beaucoup de bruit à présent sur les scènes parisiennes. Sais-tu qu'il est joué chaque mois avec des comédiens différents ? La salle est complète chaque soir.
    Au-delà du succès que mérite amplement le texte et son écriture, le thème ne cesse donc de susciter de l"intérêt... pourquoi ? Comme tu l'as souligné, il n'est pas manichéen, pas "moralisateur", il est très humain... et raconté avec humanité.

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    1. Non je ne savais pas, ça doit être très intéressant. Je me demande toujours comment ils mettent en scène un texte qui n'est pas prévu pour être joué à la base. Vous me donnez une raison de plus de visiter Paris!

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    2. Ce commentaire a été supprimé par l'auteur.

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