"Chaque livre a une âme. L'âme de celui qui l'a écrit, et l'âme de ceux qui l'ont lu, ont vécu et rêvé avec lui."

"Bientôt, l'idée s'empara de moi qu'un univers infini à explorer s'ouvrait derrière chaque couverture tandis qu'au-delà de ces murs le monde laissait s'écouler la vie en après-midi de football et en feuilletons de radio, satisfait de n'avoir pas à regarder beaucoup plus loin que son nombril. "

Carlos Ruiz Zafon

samedi 27 octobre 2012

Jean-Claude Mourlevat, La rivière à l'envers, 2009, PKJ



(Soupir de soulagement) Me voici quelque peu réconciliée avec Jean-Claude Mourlevat !
La rivière à l’envers, sans me transcender m’a plutôt plu. Je ne vais pas hurler au chef-d’œuvre, loin de là, mais Tomek a réussi à m’emmener dans ce long voyage. J’ai tremblé en silence devant les ours géants, j’ai été émue par l’histoire de Marie et Pitt, j’ai apprécié les parfumeurs…
Après la lecture de ce roman, je n’ai pu m’empêcher de me demander d’où venait ce sentiment de trop peu, de pas assez et je pense avoir mis le doigt dessus : La rivière à l’envers était prévisible. Je pense que Jean-Claude Mourlevat est un bon écrivain, mais pas de ceux qui surprennent et innovent, mais plutôt de ceux qui reprennent les recettes qui marchent. Il ne prend pas de risque, les autres les ont pris pour lui. Il écrit donc un bon roman, mais un de ceux qu’on oublie vite, ceux que l’on ferme en passant directement à autre chose. Moi j’aime les histoires qui marquent au fer rouge, celle après lesquelles on se sent comme transformé, dont on a l’impression qu’elles nous suivront ad vitam eternam. 

Mais l'univers de Jean-Claude Mourlevat reste un peu mystérieux pour moi : pourquoi avoir inséré les personnages de L'enfant océan dans La rivière à l'envers?
Et puis ma voix intérieure crie au déjà vu : les mulots m'ont rappelé Dupont et Dupont de Tintin; l'arc-en-ciel? le triangle des bermudes dont la légende raconte qu'il causerait de nombreuses disparitions de navires ; les jeunes filles de l'île inexistante? les mythess concernant les sirènes attirant irrésistiblement les navigateurs. D'accord les jeunes filles n'étaient pas mi-femmes, mi-thon et elles ne dévoraient pas leurs victimes, cela dit ça aurait peut-être donné du piment à cette histoire! (Même si j'ai un léger problème avec les sirènes et l'image de la femme qu'elles renvoient : des séductrices manipulatrices assoiffées de sang. M'enfin, je vais faire semblant de croire que ce n'est pas une attaque injustifiée contre la gente féminine. Donc, passons.)
L'énigme de la vilaine sorcière m'a rappelée celle du Sphinx et l'incroyable histoire d’Oedipe. 
Je comprends un peu mieux, je crois, la démarche de Jean-Claude Mourlevat: puisqu'il semblerait que les jeunes aiment les mythes, autant les adapter dans des romans de littérature jeunesse. Mais le problème, selon moi, avec les mythes, c'est que tout le monde les connait. Peut-être pas en détail, mais un minimum, d'où cette impression de déjà vu!
Vous voulez d'autres rapprochements avec des mythes? La fontaine de jouvence ou ici, la rivière à l'envers!

Même si je comprends le caractère pédagogique de sa démarche, si j'ai envie de mythes (sirène, fontaine de jouvence...), d'action, de voyages bateaux... j'ai fait mon choix : Pirates des caraïbes! Je devine d'ici votre surprise : Sarah défend un film plutôt qu'un livre?! Profitez en, ça ne risque pas de se reproduire!


2 commentaires:

  1. "mais plutôt de ceux qui reprennent les recettes qui marchent. Il ne prend pas de risque, les autres les ont pris pour lui." : certainement pas... Essaie de définir le mot "inspiration" Sarah, tu auras peut-être un élément de réponse.
    Allez... pour t'embêter un peu Sarah : crois-tu que Zafon n'a rien emprunté en écrivant son "Ombre du vent"... as-tu déjà lu de grands romans espagnols, comme "Don Quichotte" de Cervantes ? Le personnage truculent, Fermin, n'est qu'un Sancho Panca ! Crois-tu vraiment que le thème de l'écrivain maudit est neuf ? Crois-tu encore que Pénélope s'appelle ainsi par hasard ? As-tu lu "Cent ans de solitude" de Gabriel Garcia Marquez ? Toute la trame de l'histoire lui est empruntée : policier mêlé de fantastique, grandeur et décadence d'une ville (Barcelone chez Zafon et un petit village chez Marquez)...
    Bref, Zafon est un auteur talentueux, mais il n'innove pas, c'est indéniable. Il s'inspire, beaucoup... lui aussi.

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  2. Ce n'est pas parce que j'aime Zafon, que je le proposerais comme prix Nobel de la littérature ou comme auteur précurseur d'une nouvelle ère. Je sais qu'il n'a pas toutes les qualités littéraires. Je sais qu'il n'est pas Dieu, même si parfois, je semble le croire.
    Mais il a su m'emmener et ce malgré ses inspirations. A aucun moment je ne me suis dit : "Pfff déjà vu". Alors, oui, c'est sans doute parce que je n'ai pas encore lu "Don Quichotte", ni "Cent ans de solitude". Mais alors là, qui est vraiment original? Qui produit une oeuvre totalement unique? Bien sûr, Zafon est un homme, un espagnol, influencé par sa culture, ses propres lectures. Bien sûr, son univers m'a emmenée comme celui du Labyrinthe de Pan. Tiens, je vais poster la bande annonce pour vous motiver à regarder ce superbe film.
    Je ne reproche pas à Jean-Claude Mourlevat d'avoir eu des inspirations. Ce que je reproche, c'est que cela soit tellement perceptible que cela gâche le plaisir.
    Puis s'inspirer de Don Quichotte et s'inspirer de mythes ou de contes connus par tous, il y a pour moi, une différence de recherche entre les deux.
    Mais je me ferai un plaisir de lire Don Quichotte (qui se trouve dans ma bibliothèque parmi les très nombreux livres que j'ai reçus) pour retrouver cet univers! Et comme j'ai également un chèque cadeau, je découvrirais avec plaisir et curiosité Gabriel Garcia Marquez.
    Cela dit, vous faites de ma vie un calvaire à toujours me donner des envies de lecture alors que le temps nous manque :)

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