"Chaque livre a une âme. L'âme de celui qui l'a écrit, et l'âme de ceux qui l'ont lu, ont vécu et rêvé avec lui."

"Bientôt, l'idée s'empara de moi qu'un univers infini à explorer s'ouvrait derrière chaque couverture tandis qu'au-delà de ces murs le monde laissait s'écouler la vie en après-midi de football et en feuilletons de radio, satisfait de n'avoir pas à regarder beaucoup plus loin que son nombril. "

Carlos Ruiz Zafon

lundi 15 octobre 2012

Hélène Grémillon, Le confident

Résumé
Camille est une jeune femme moderne, enceinte qui décide de garder l’enfant sans en inquiéter le père. Elle a 30 ans et décide d’assumer cet enfant seule. Lorsque sa mère décède elle reçoit une mystérieuse lettre sans préambule, sans signature et parlant de personnes dont elle ignore l’existence. Cette lettre qui ne semble pas lui être adressée est pourtant postée à son nom.

S’ensuit une suite de lettres écrites par un mystérieux Louis dans laquelle ce dernier lui raconte son histoire et celle d’Annie, la femme qu’il aimait. Il raconte comment Annie est sortie de sa vie en s’entichant d’une bourgeoise de 10 ans son aînée qui lui permet de vivre sa passion de la peinture. Très vite, l’histoire dérape, Annie propose de porter un enfant pour cette femme stérile en ayant des rapports sexuels avec son mari. Mais une vraie relation finit par se créer, si bien que Madame M., la bourgeoise, l’apprenant décide de cloitrer Annie jusqu’à son accouchement, pour ensuite la jeter à la porte dans un Paris en guerre. Annie étant tombée folle amoureuse du père de son enfant souhaite désormais garder le bébé et une aversion entre les deux femmes naît.

Mais pourquoi Camille reçoit-elle ces lettres ? Qui est ce Louis ? Et pourquoi cette Madame M. lui rappelle-t-elle dangereusement sa mère ?

 Avis personnel
Il faut bien le dire, cette histoire est quelque peu tordue. Louis aime Annie, Annie tombe amoureuse du mari de son amie Madame M. avec qui elle entretient une liaison sous le toit conjugal et au début du moins avec le consentement et même l’encouragement de cette Madame M. Et je passe sur le reste de l’histoire qui n’est pas moins alambiqué. Mais sincèrement, ses cinq prix littéraires, Le confident ne les a pas volés.

Tout d’abord, le passage d’une histoire à l’autre est bien clair, ce qui n’est pas toujours le cas. Dans Elle s’appelait Sarah, histoire que j’ai pourtant adorée, on passait d’une histoire à l’autre sans comprendre directement qui parle ? Quel est le rapport  entre les deux récits ? Et au début d'un roman, cette incompréhension a parfois tendance à m’agacer. Ici, tout était clair, me voilà sauvée !

Ensuite, j’ai complètement accroché aux histoires d’amour entre les différents personnages. Malgré les côtés un peu glauques de leur histoire, on ne peut qu’espérer qu’Annie puisse vivre son grand amour et ce, au détriment de son amie, de sa rivale. Voir Monsieur M. à ce point soumis à sa passion amoureuse qu’il en oublie la prudence de rigueur, on s’en réjouit. C’est totalement immoral et pourtant on veut que ça marche! Au diable les convenances et la bienséance!

D’un autre côté, on se prend de pitié pour cette pauvre femme tellement désespérée de ne pas  avoir d'enfants qu’elle imagine l’impensable. Dans quelle détresse vit-elle pour prêter son mari comme on prête un rouge à lèvre ? Et puis le pauvre Louis, chargé de raconter une histoire qui n’est pas la sienne, alors même qu'il n'y a qu'un rôle secondaire.

Qui plus est, le fond historique ne gâche rien, au contraire. On se fond dans l’ambiance de cette guerre, de l’homme aimé qui part au front, à la vie ralentie dans Paris. J'ai un véritable goût pour les histoires portant sur la seconde guerre mondiale. Et surtout pour la littérature lazaréenne telle que Si c'est un homme de Primo Levi ou Une jeunesse au temps de la Shoah de Simone Veil. Bien sûr, ces livres sont difficiles et parler de goût pour cette littérature est délicat. Mais je ressens le besoin de tenter de comprendre l'incompréhensible. Je pense qu'il est important de ne pas banaliser les événements pour ne jamais laisser de telles choses se reproduire. Ici, l'histoire n'est vraiment qu'une toile de fond, mais cela accentue la vraissemblance de ce récit fictionnel.

La plume d’Hélène Grémillon est sacrément affutée pour un premier roman. Je n’ai pu m’empêcher de relever des phrases telles que :

«  Comme souvent, ma génération fut sacrifiée à la bêtise de la précédente. » page 30.

Mais que c’est vrai !! J’adore les années 60, d’abord pour sa musique, mais également pour le vent de liberté et de légèreté qui a soufflé sur le monde. Mais on ne peut nier que leur enthousiasme nous a créé quelques torts. Les supermarchés, la grande consommation paraissaient être une (r)évolution, mais aujourd’hui nous sommes dans un  monde où cette consommation pose un réel problème écologique et moral. Et c’est la même chose pour le pétrole.

D’autres citations ont également éveillé mon intérêt :

« Ce ne sont pas les autres qui nous infligent les pires déceptions, mais le choc entre la réalité et les emballements de notre imagination » page 35.

Encore une fois, elle n’a pas tort, les autres ne peuvent nous offrir que ce qu’ils sont, rien de plus. Alors pourquoi attendons-nous tellement des gens que nous aimons? (Je ne peux m’empêcher de rapprocher cette citation avec celle de Zafon).

« Les mots servent à arranger la nature des choses »  page 36.

Je ne sais pas vous, mais je n’ai pu m’empêcher de sourire.
Je vous glisse une interview d’Hélène Grémillon qui présente son premier roman!

 

 

 

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire