Camille est une jeune femme moderne,
enceinte qui décide de garder l’enfant sans en inquiéter le père. Elle a 30 ans
et décide d’assumer cet enfant seule. Lorsque sa mère décède elle reçoit une
mystérieuse lettre sans préambule, sans signature et parlant de personnes dont
elle ignore l’existence. Cette lettre qui ne semble pas lui être adressée est
pourtant postée à son nom.
S’ensuit une suite de lettres écrites par
un mystérieux Louis dans laquelle ce dernier lui raconte son histoire et celle
d’Annie, la femme qu’il aimait. Il raconte comment Annie est sortie de sa vie
en s’entichant d’une bourgeoise de 10 ans son aînée qui lui permet de vivre sa
passion de la peinture. Très vite, l’histoire dérape, Annie propose de porter
un enfant pour cette femme stérile en ayant des rapports sexuels avec son mari. Mais une
vraie relation finit par se créer, si bien que Madame M., la bourgeoise,
l’apprenant décide de cloitrer Annie jusqu’à son accouchement, pour ensuite la
jeter à la porte dans un Paris en guerre. Annie étant tombée folle amoureuse du père de son enfant
souhaite désormais garder le bébé et une aversion entre les deux femmes naît.
Mais pourquoi Camille reçoit-elle ces
lettres ? Qui est ce Louis ? Et pourquoi cette Madame M. lui rappelle-t-elle
dangereusement sa mère ?
Il faut bien le dire, cette histoire est
quelque peu tordue. Louis aime Annie, Annie tombe amoureuse du mari de son amie
Madame M. avec qui elle entretient une liaison sous le toit conjugal et au
début du moins avec le consentement et même l’encouragement de cette Madame M.
Et je passe sur le reste de l’histoire qui n’est pas moins alambiqué. Mais
sincèrement, ses cinq prix littéraires, Le
confident ne les a pas volés.
Tout d’abord, le passage d’une histoire à
l’autre est bien clair, ce qui n’est pas toujours le cas. Dans Elle s’appelait
Sarah, histoire que j’ai pourtant adorée, on passait d’une histoire à l’autre
sans comprendre directement qui parle ? Quel est le rapport entre
les deux récits ? Et au début d'un roman, cette incompréhension a parfois tendance à m’agacer. Ici,
tout était clair, me voilà sauvée !
Ensuite, j’ai complètement accroché aux
histoires d’amour entre les différents personnages. Malgré les côtés un peu
glauques de leur histoire, on ne peut qu’espérer qu’Annie puisse vivre son
grand amour et ce, au détriment de son amie, de sa rivale. Voir Monsieur M. à ce point
soumis à sa passion amoureuse qu’il en oublie la prudence de rigueur, on s’en
réjouit. C’est totalement immoral et pourtant on veut que ça marche! Au diable les convenances et la bienséance!
D’un autre côté, on se prend de pitié pour
cette pauvre femme tellement désespérée de ne pas avoir d'enfants
qu’elle imagine l’impensable. Dans quelle détresse vit-elle pour prêter son
mari comme on prête un rouge à lèvre ? Et puis le pauvre Louis, chargé de
raconter une histoire qui n’est pas la sienne, alors même qu'il n'y a qu'un rôle secondaire.
Qui plus est, le fond historique ne gâche
rien, au contraire. On se fond dans l’ambiance de cette guerre, de l’homme aimé
qui part au front, à la vie ralentie dans Paris. J'ai un véritable goût pour les histoires portant sur la seconde guerre mondiale. Et surtout pour la littérature lazaréenne telle que Si c'est un homme de Primo Levi ou Une jeunesse au temps de la Shoah de Simone Veil. Bien sûr, ces livres sont difficiles et parler de goût pour cette littérature est délicat. Mais je ressens le besoin de tenter de comprendre l'incompréhensible. Je pense qu'il est important de ne pas banaliser les événements pour ne jamais laisser de telles choses se reproduire. Ici, l'histoire n'est vraiment qu'une toile de fond, mais cela accentue la vraissemblance de ce récit fictionnel.
La plume d’Hélène Grémillon est sacrément
affutée pour un premier roman. Je n’ai pu m’empêcher de relever des phrases
telles que :
« Comme souvent, ma génération fut
sacrifiée à la bêtise de la précédente. » page 30.
Mais que c’est vrai !! J’adore les
années 60, d’abord pour sa musique, mais également pour le vent de liberté et
de légèreté qui a soufflé sur le monde. Mais on ne peut nier que leur
enthousiasme nous a créé quelques torts. Les supermarchés, la grande
consommation paraissaient être une (r)évolution, mais aujourd’hui nous sommes
dans un monde où cette consommation pose
un réel problème écologique et moral. Et c’est la même chose pour le pétrole.
D’autres citations ont également éveillé
mon intérêt :
« Ce ne sont pas les autres qui nous
infligent les pires déceptions, mais le choc entre la réalité et les
emballements de notre imagination » page 35.
Encore une fois, elle n’a pas tort, les
autres ne peuvent nous offrir que ce qu’ils sont, rien de plus. Alors pourquoi
attendons-nous tellement des gens que nous aimons? (Je ne peux
m’empêcher de rapprocher cette citation avec celle de Zafon).
« Les mots servent à arranger la
nature des choses » page 36.
Je ne sais pas vous, mais je n’ai pu
m’empêcher de sourire.
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire