"Chaque livre a une âme. L'âme de celui qui l'a écrit, et l'âme de ceux qui l'ont lu, ont vécu et rêvé avec lui."

"Bientôt, l'idée s'empara de moi qu'un univers infini à explorer s'ouvrait derrière chaque couverture tandis qu'au-delà de ces murs le monde laissait s'écouler la vie en après-midi de football et en feuilletons de radio, satisfait de n'avoir pas à regarder beaucoup plus loin que son nombril. "

Carlos Ruiz Zafon

samedi 15 décembre 2012

"Il est des époques et des lieux où n'être personne est davantage honorable qu'être quelqu'un"

"En voyant ce jour-là mon ami embrasser la femme qu'il aimait, je songeai que ce moment, cet instant dérobé au temps valait tous les jours de misère qui nous avaient conduits jusqu'en ce lieu et que tout ce qu'il y avait de plus beau et de pur dans ce monde, tout ce pourquoi cela valait la peine de respirer étaient sur ces lèvres, dans ces mains et dans le regard de ces deux bienheureux."
Et voilà, un de plus de bouclé. Et je repense à une critique lue avant de me faire ma propre opinion : " J'ai été quelque peu déçue par ce troisième tome de la saga du Cimetière des livres oubliés.
Pourtant, j'aime toujours autant Daniel, Fermin et les autres, mais ce roman m'est apparu plus comme une charnière pour la suite qu'une véritable histoire à part entière. Il n'y a pas ou peu de nouveaux personnages, pas ou peu de nouvelles intrigues.
"Le prisonnier du ciel" est une ouverture au quatrième tome, que j'espère plus riche en nouveaux personnages et en nouvelles aventures.
Cela reste cependant une lecture plus qu'agréable."
Alors que répondre? Effectivement, ce troisième tome paraît clairement être un début pour une nouvelle histoire qui sera sans doute plus riche en rebondissement. Bien que cela soit quelque peu frustrant - Ben oui, maintenant, il faut attendre que Carlos Ruiz Zafon écrive le prochain opus, qu'il soit traduit et qu'il soit en librairie! Une question me vient en tête : " Comment vais-je survivre jusqu'au prochain roman??"-, ce n'est pas vraiment dérangeant en soi. On retrouve les personnages qu'on aime, ceux de L'ombre du vent et ceux du Jeu de l'ange. On comprend comment notre Fermin adoré a échappé aux griffes du régime de Franco. On apprend sa rencontre avec Martin (du Jeu de l'ange). Je pense que cet opus est un lien entre ses deux premiers romans du cycle et une préparation pour le prochain. C'est un magnifique fil conducteur.
On retrouve toute la noirceur de l'univers de Zafon à travers la prison du régime, le passé trouble dont on déterre les morts (au sens figuré).
Et toujours cette vision si juste du monde, au point que j'ai l'impression que Carlos Ruiz Zafon écrit pour moi. Tellement ses mots me touchent, tellement ils restent imprégnés en moi.
Je pense que Carlos Ruiz Zafon est ce genre d'auteur, qu'on aime ou qu'on déteste. Mais qui ne laisse pas insensible. Et même si ses mots demandent parfois d'être digérés, il a un don pour laisser une trace de son passage.
Je me réjouis donc de lire le prochain. Et je savoure la chance que nous avons de pouvoir lire les œuvres d'auteurs, d'écrivains qui nous transportent, qui nous emmènent loin.
Je ne peux donc pas m'empêcher ici de penser également à mes Beatles (Oui Julie, je me suis retenue jusqu'ici, tu as vu!), car ils font aussi de moi qui je suis.
Pour ceux qui se tracasseraient de savoir si mon goût de la lecture est revenu : Je pense bien!

dimanche 2 décembre 2012

Jean-Claude Mourlevat, La ballade de Cornebique, Paris, Folio Junior, 2009.

Et bien, je n'ai qu'une chose à dire : "Pourquoi ne pas avoir commencé par là?"
Mais je ne peux pas me contenter de ça.
Un roman jeunesse aux couleurs et aux dessins très enfantins. Un commentaire qui me faisait peur : "Une fable drôle et survitaminée, pleine de tendresse et de poésie, où l'on retrouve la langue colorée de Jean-Claude Mourlevat."
J'ai ouvert le livre en pensant que si l'auteur n'avait pas su me convaincre avec deux livres pour ados, il n'y arriverait pas avec celui-ci dont la description à tout l'air d'être celle d'un roman mielleux, gorgé de bons sentiments. Tout ce que je n'aime pas.
Et bien, à ma grande surprise, je me suis prise au jeu! Je pensais que l'enfant qui sommeillait en moi était parti quand j'ai arrêté (en rhéto) de manger des Trésors de Kellogs avec une tasse de lait devant Bob l'éponge. Mais non! J'ai sincèrement ri! Autant, les jeux de mots du Bon gros géant de Roald Dahl avait plutôt inspiré la future prof que l'ancienne ado que j'étais, autant ici, j'ai ri, j'ai ri pour moi. Comme devant l'âge de glace et Madagascar (deux animés chers à mon cœur).
Pour la première fois, Jean-Claude Mourlevat m'a vraiment emmenée. J'ai compatis au chagrin d'amour de Cornebique, j'ai compris son besoin de prendre de la distance, j'ai été touchée par la faim qui le tenaillait, la peur des lendemains. J'ai adoré sa rencontre avec le petit loir. Tout.
Lem avec sa maladie d'alzeimer m'a fait rire, me rappelant les énormités dont ma grand-mère est capable et dont il vaut mieux rire que pleurer.
J'ai adoré l'humour dont fait preuve Jean-Claude Mourlevat, notamment avec la grand-mère qui est représentée comme une géante alors qu'elle est minuscule.
Bref, un livre à garder bien au chaud pour faire partager.

Si vous aimez comme moi l'humour un peu bête, très enfantin, voici de quoi bien rire!

Carlos Ruiz Zafon, Le prisonnier du ciel, Paris, Robert Laffont, 2012

Voilà mon livre médicament! Non, pas un "Lili en a marre de ne lire que des livres pour l'école". Mais Carlos Ruiz Zafon, mon Carlos Ruiz Zafon, je serais tentée de dire. Le seul auteur dont je ne peux attendre la sortie en livre de poche.
Ce qui me plaît chez lui? Ses récits portant sur les années 45 à 60 me fascinent. Bien souvent, j'ai l'impression d'être née à la mauvaise époque, j'aime les musiques de cette époque, les robes, l'ambiance. J'aime m'y plonger, grâce à mon imagination et à un bon bouquin ou une bonne série (cf: cold case).
Ses intrigues tirées par les cheveux qu'on prend un plaisir fou à démêler (les intrigues, pas les cheveux). Ses histoires à l'aspect fantastique, mais qui s'avèrent ne pas l'être. Son amour de Barcelone, qu'il parvient à faire partager avec tellement d'intensité. L'ambiance, propre à Zafon, très noire, mais tellement prenante.
Ses œuvres, qu'il est difficile de fermer avant d'arriver à la page finale, tant ses histoires sont captivantes, de celles qui collent à la peau encore longtemps après que le livre soit terminé.
Carlos Ruiz Zafon a su trouver les mots justes, ses romans sont plein de réflexions qu'on aimerait réécrire pour ne jamais les perdre de vue.
J'aime sa façon de décrire et d'écrire le monde, j'aime sa façon de voir les livres comme notre plus belle richesse.
Dans l'Ombre du vent, il écrivait : " Rien ne marque autant un lecteur que le premier livre qui s'ouvre vraiment un chemin jusqu'à notre cœur. Ces premières images, l'écho de ces premiers mots que nous croyons avoir laissés derrière nous, nous accompagnent toute notre vie et sculptent dans notre mémoire un palais ou tôt ou tard - et peu importe le nombre de livres que nous lisons, combien d'univers nous découvrons-, nous reviendrons un jour."
 Et bien, même si j'aimais déjà lire bien avant de découvrir L'Ombre du vent, je pense que c'est celui qui a vraiment ouvert un chemin jusqu'à mon cœur. Si j'avais dû choisir un livre dans Le cimetière des livres oubliés, j'aurais surement choisi un de Carlos Ruiz Zafon.
Cela peut paraître étrange pour une personne athée, autant de références à l'âme, mais je pense seulement que cela regroupe les qualités humaines qu'un individu possède, rien de plus.
Je me réjouis de retrouver l'excentrique Fermin! Bref, 100 pages de passées et je regrette déjà de ne plus pouvoir les découvrir.
Une petite musique d'ambiance pour aborder le cycle du Cimetière des livres oubliés en attendant mon avis sur le Prisonnier du ciel!

samedi 1 décembre 2012

Junk VS L'herbe bleue

Lire Junk m'a demandé pas mal d'efforts. Au point de regarder toutes les dix pages combien il en restait avant que mon supplice ne prenne fin. Mais cela ne m'a pas empêchée de parcourir une bonne partie de L'herbe bleue pour me remémorer les qualités et les défauts de ce livre.
La comparaison est rapidement faite, premièrement, L'herbe bleue est facilement exploitable dans une leçon de français, puisqu'on peut voir le journal intime par ce biais.
L'herbe bleue est également à mon sens, plus progressif. On voit le lent déclin d'une jeune fille normale. Et là, on peut s'identifier facilement à la narratrice. Là on peut vraiment se dire, ça aurait pu m'arriver à moi. On ressent moins l'envie d'en mettre plein la figure au lecteur avec des phrases telles que: "Moi je vole, je plane, tandis qu'il y a plein de gens qui sont morts à l'intérieur."
Je suis peut-être morte à l'intérieur si je ne suis pas restée bouche bée devant le talent de Melvin-Burgess. Je suis peut-être trop attachée aux livres bien pensants de L'Ecole des loisirs ou simplement trop vieille pour comprendre les nouveaux jeunes, me sentant plus proche d'une adolescente des années 70 (et encore l’auteur de l'Herbe bleue serait une psy), je ne sais pas.
Je ne nie pas l'intérêt pédagogique de cet ouvrage, juste, ce n'est pas pour moi, ce n'est pas moi. Mais les différents narrateurs ont un intérêt certain, certains sont attachants, d'autres pas, comme dans la vie en fait.

samedi 24 novembre 2012

BURGESS Melvin, Junk, 1998, Gallimard, ed. Scripto, Paris

Pour commencer, je ne peux que saluer l'esthétisme de l'objet livre. On est loin de la couverture criarde de l'enfant Océan. C'est un bel objet, sobre. Un titre en relief sur une couverture matte. Pour ceux pour qui lire demande que de nombreuses conditions soient remplies, telle que le côté attrayant de la couverture. Pour ceux pour qui la lecture est plus une obligation qu'un plaisir, je pense qu'il s'agit d'un vrai plus. Bien sûr, c'est une technique commerciale comme une autre. Mais à l'époque où nos jeunes sont des cibles privilégiées, je pense qu'il est bien triste de devoir jouer sur ce terrain-là, mais soyons réalistes, à l'approche de la Saint-Nicolas, les enfants et les ados sont bombardés de publicités, de slogans... et entre un jouet et un livre, le jouet gagne souvent haut la main. Donc pourquoi ne pas tenter d'instaurer une vraie concurrence?
Et puis...il y a le sujet du livre, la drogue. Bon, je suppose que ce sujet intéresse certains jeunes. Mais moi, à l'instar de ma copine Julie avec les livres parlant de la Shoah, les livres sur la drogue, les séances d'informations...ça ne me plaît guère. Je ne me sens pas du tout concernée, j'ai toujours eu l'impression que ces récits se trouvaient à mille lieues de mes préoccupations. J'ai vécu mon adolescence dans mon monde de bisounours et c'est tout naturellement que ces choses sont restées très abstraites pour moi. C'est toujours après coup que j’apprenais que de la drogue avait tourné à la soirée où je m'étais trouvée sans m'en douter le moins du monde. Maintenant, je ne suis pas naïve, je sais que tous les jeunes ne sont pas dans ma situation et qu'il arrive à certains l'envie de tester ces exutoires. A l'adolescence, la vie paraît parfois insoutenable au point de chercher des portes de secours.
Mais même si d'un côté ce que Melvin Burgess avance en quatrième de couverture -"Je pense qu'il est préférable que les jeunes n'entendent pas parler de la drogue pour la première fois le jour où quelqu'un essaiera de leur en vendre"- est un argument pertinent, il ne fait écho à rien en moi.
Les jeunes adorent pouvoir s'identifier aux personnages de leurs romans, aux héroïnes de leurs séries. Mais je pense qu'ici, ce n'est possible que pour une très petite minorité de jeunes, et ce, malgré la présence de nombreux narrateurs.
Gemma est, pour moi, la caricature ultime de la sale gosse ! Alors est-ce que les années ont fait de moi davantage une adulte responsable pénible qu'une ancienne ado cool, je ne sais pas, mais cette jeune fille m'insupporte. Elle symbolise pour moi, ce que l'on appelle maintenant les enfants rois. On lui interdit d'aller fumer des joints avec ses copains, elle claque la porte, fugue, se drogue, se prostitue. Cette fille n'a jamais rencontré de vraies épreuves, ce n'est qu'une jeune fille bien décidée à foutre sa vie en l'air. A aller toujours plus loin dans son délire. Je ne suis pas sûre que la majorité des jeunes filles se retrouvent dans ce récit.
Nico, c'est davantage compréhensible, comme parcours, mais encore là, j'espère que tous les jeunes qui ont vraiment une vie insoutenable ne s'éprennent pas de jeunes filles complètement idiotes.
Bref, un roman qui a coulé sur moi comme la pluie sur un imperméable, sans me toucher vraiment.

mercredi 31 octobre 2012

Paul Cleave, Un employé modèle

Je n'avais jamais lu de thriller auparavant. Ce qui pour moi, reste un immense mystère étant donné que je raffole de ce genre sur petit et grand écrans. Il aura fallu attendre que ma belle-sœur m'offre Un employé modèle pour que je me lance.
C'est quand même étrange, j'ai toujours aimé lire, mais depuis peu, j'ai soif de tout! Je découvre de nouveaux genres, de nouveaux auteurs et au lieu d'être rassasiée, c'est bien pire encore. Je pense que le régendat en français m'a permis de découvrir d'autres choses, des choses vers lesquelles je ne me serais sans doute pas dirigée de moi-même! Et c'est euphorisant! Avant, je cherchais LE livre qui me plairait parmi une masse de livre qui ne me tentaient pas. Maintenant, j'évite presque de trop regarder les livres, comme s'ils avaient un pouvoir ensorcelant. J'ai l'impression que le fait de dire "j'aime lire" est dérisoire. Je ne suis qu'aux balbutiements de ce que je voudrais lire dans ma vie. La vie est trop courte, ça doit être cela qui rend les gens malheureux, le fait de savoir qu'ils ne toucheront même pas des doigts le but qu'ils voudraient se fixer.
Commencé dans l'avion pour l'Egypte, ce livre m'a très vite accrochée. Au point que j'ai regretté d'avoir choisi celui-là pour partir, et bien oui, avoir envie de lire sur la plage, plutôt que de profiter simplement d'être là, c'est presque dommage. Mais, la lecture renforce ce sentiment de bien-être, je pense - ce qui peut paraître contradictoire: j'ai l'impression de sortir de mon corps quand je lis, de n'être plus là, mais en même temps, ça rend le plaisir d'être dans un fauteuil avec gros plaid et un café ou d'être sur une plage de rêve encore plus intense.
Ce qui m'a le plus plu? L'incroyable cynisme de Joe Middelton, cet homme est d'un monstruosité! Et le pire? Il m'a fait rire!
Bien que l'on sache dès le début qui est le (premier) tueur, le plaisir de lire reste entier.
Et puis cette idée de se faire passer pour un demeuré, alors même qu'il se rit tous les jours de la police! Délectable!!

Je ne souffre pas de compulsion à tuer tout le temps. Je ne suis pas un animal. Je ne cours pas partout en me déchargeant d’abus subis dans mon enfance tout en trouvant des excuses pour tuer. […] Je ne suis qu’un type normal. Un Joe moyen. Avec un hobby. Je ne suis pas un psychopathe. Je n’entends pas de voix. Je ne tue pas pour Dieu ou Satan, ou le chien du voisin. Je ne suis même pas religieux. Je tue pour moi. C’est aussi simple que ça. J’aime les femmes et j’aime leur faire des choses qu’elles ne veulent pas me laisser faire. Il doit y avoir 2 ou 3 milliards de femmes sur cette terre. En tuer une par mois, c’est pas grand-chose. C’est juste une question de perspective. 

Je me déshabille et je grimpe sur le lit. Elle bouge à peine, ne se plaint pas, continue seulement à pleurer jusqu’à ce qu’elle n’ait plus de larmes. Quand on a fini, et que je descends du lit, je découvre qu’à un moment l’œuf a glissé jusqu’au fond de sa bouche, au point de l’étouffer avec succès. Ceci explique les borborygmes que j’ai entendus et que, sur le moment, j’avais pris pour autre chose. Oups !

samedi 27 octobre 2012

Daniel Keyes, Des fleurs pour Algernon, 2001, J'ai lu

Un petit commentaire rapide pour partager ma joie!!! Des fleurs pour Algernon vient pile au moment où je commençais à ressentir un vrai besoin de lire un livre qui me plaise vraiment.
Non pas que les autres ne me plaisent pas, mais certains sont lus par pure obligation scolaire et ne suscitent pas chez moi une immense exaltation. Détrompez-vous, je ne lis que rarement les livres - même ceux imposés - avec des pieds de plombs. Mais j'avais besoin d'un petit remontant. Et je pense que le voilà!
Des fleurs pour Algernon, un livre de science-fiction comme je les aime, mon dada!! J'ai une vraie envie de le lire, dès que j'ai un temps de libre, j'ai envie de lire et même quand je n'ai pas de temps libre d'ailleurs. Ça fait du bien, un vrai rappel de la raison pour laquelle nous sommes là!
Je vous raconterai!

Jean-Claude Mourlevat, La rivière à l'envers, 2009, PKJ

Encore un commentaire sur Monsieur Mourlevat (et encore, il reste La ballade de Cornebique!).
Cette fois pour souligner la justesse de certaines réflexions comme celle sur la relativité de l'âge page 97.
Le passage concernant Hannah et l'amour de son père démesuré au point de le rendre fou m'a touchée, mais aussi rappelé toutes les petites filles élevées comme des princesses.

Cela dit, même si l'histoire d'Hannah m'a touchée, je n'irais pas jusqu'à lire le tome 2 de La rivière à l'envers qui n'a pour moi qu'un seul intérêt à mon niveau : voir comment une même histoire peut-être racontée selon deux points de vue différents. Je le sais, Hannah a visité d'autres endroits, mais ça ne me convainc pas.

Ne soyons pas ingrats, Jean-Claude Mourlevat m'a même appris certains mots de vocabulaire que je vous liste ci-dessous:
- Bivouaquer : établir un bivouac, c'est à dire un campement transitoire en plein air, sans tente ni abri. (Je ne suis pas sûre de dire un jour "Je bivouaque" parce que dormir sous les étoiles ça ne me tente pas vraiment, m'enfin!)
- Un croquenot : un gros soulier.
- Mât de misaine: mât de l'avant, situé entre le grand mât et le beaupré.
- Renâcler : témoigner de la répugnance pour quelque chose. (J'ai hâte de l'utiliser ce verbe!)

Il se pourrait que Jean-Claude Mourlevat ait réussi à m'emmener dans son univers dans La ballade de Cornebique, je n'en dis pas plus...

 http://www.ac-grenoble.fr/cite.scolaire.internationale/Peda/Discipli/CDI/Travaux/grimoires/spip.php?article650

Jean-Claude Mourlevat, La rivière à l'envers, 2009, PKJ



(Soupir de soulagement) Me voici quelque peu réconciliée avec Jean-Claude Mourlevat !
La rivière à l’envers, sans me transcender m’a plutôt plu. Je ne vais pas hurler au chef-d’œuvre, loin de là, mais Tomek a réussi à m’emmener dans ce long voyage. J’ai tremblé en silence devant les ours géants, j’ai été émue par l’histoire de Marie et Pitt, j’ai apprécié les parfumeurs…
Après la lecture de ce roman, je n’ai pu m’empêcher de me demander d’où venait ce sentiment de trop peu, de pas assez et je pense avoir mis le doigt dessus : La rivière à l’envers était prévisible. Je pense que Jean-Claude Mourlevat est un bon écrivain, mais pas de ceux qui surprennent et innovent, mais plutôt de ceux qui reprennent les recettes qui marchent. Il ne prend pas de risque, les autres les ont pris pour lui. Il écrit donc un bon roman, mais un de ceux qu’on oublie vite, ceux que l’on ferme en passant directement à autre chose. Moi j’aime les histoires qui marquent au fer rouge, celle après lesquelles on se sent comme transformé, dont on a l’impression qu’elles nous suivront ad vitam eternam. 

Mais l'univers de Jean-Claude Mourlevat reste un peu mystérieux pour moi : pourquoi avoir inséré les personnages de L'enfant océan dans La rivière à l'envers?
Et puis ma voix intérieure crie au déjà vu : les mulots m'ont rappelé Dupont et Dupont de Tintin; l'arc-en-ciel? le triangle des bermudes dont la légende raconte qu'il causerait de nombreuses disparitions de navires ; les jeunes filles de l'île inexistante? les mythess concernant les sirènes attirant irrésistiblement les navigateurs. D'accord les jeunes filles n'étaient pas mi-femmes, mi-thon et elles ne dévoraient pas leurs victimes, cela dit ça aurait peut-être donné du piment à cette histoire! (Même si j'ai un léger problème avec les sirènes et l'image de la femme qu'elles renvoient : des séductrices manipulatrices assoiffées de sang. M'enfin, je vais faire semblant de croire que ce n'est pas une attaque injustifiée contre la gente féminine. Donc, passons.)
L'énigme de la vilaine sorcière m'a rappelée celle du Sphinx et l'incroyable histoire d’Oedipe. 
Je comprends un peu mieux, je crois, la démarche de Jean-Claude Mourlevat: puisqu'il semblerait que les jeunes aiment les mythes, autant les adapter dans des romans de littérature jeunesse. Mais le problème, selon moi, avec les mythes, c'est que tout le monde les connait. Peut-être pas en détail, mais un minimum, d'où cette impression de déjà vu!
Vous voulez d'autres rapprochements avec des mythes? La fontaine de jouvence ou ici, la rivière à l'envers!

Même si je comprends le caractère pédagogique de sa démarche, si j'ai envie de mythes (sirène, fontaine de jouvence...), d'action, de voyages bateaux... j'ai fait mon choix : Pirates des caraïbes! Je devine d'ici votre surprise : Sarah défend un film plutôt qu'un livre?! Profitez en, ça ne risque pas de se reproduire!


lundi 15 octobre 2012

Nouveautés livresques

D'une part, me voilà abonnée doublement à l'école des loisirs! Les deux abonnements ont l'air géniaux et me donnent déjà des idées de leçons.
D'autre part, j'ai reçu une bonne trentaine de livres de littérature jeunesse que ma cousine voulait jeter! Heureusement, ma tante a pensé à moi et les a sauvés d'une fin funeste.

Tout ça pour dire que ma bibliothèque va déborder - c'est plutôt une vitrine, en fait - et que même si j'adore ça, je ne sais pas où trouver le temps pour satisfaire tous mes besoins vitaux (Manger, dormir, lire...).

Mais j'avoue que Le vieux qui lisait des romans d'amour me fait de l'oeil!
Pour cacher mon côté has been, je préfère une version des vox angeli plutôt que Michel Fugain.

4 novembre 2012

Mon père a décidé de faire un tri dans ces livres, fameux le tri et qui les a repris?!

Hélène Grémillon, Le confident

Résumé
Camille est une jeune femme moderne, enceinte qui décide de garder l’enfant sans en inquiéter le père. Elle a 30 ans et décide d’assumer cet enfant seule. Lorsque sa mère décède elle reçoit une mystérieuse lettre sans préambule, sans signature et parlant de personnes dont elle ignore l’existence. Cette lettre qui ne semble pas lui être adressée est pourtant postée à son nom.

S’ensuit une suite de lettres écrites par un mystérieux Louis dans laquelle ce dernier lui raconte son histoire et celle d’Annie, la femme qu’il aimait. Il raconte comment Annie est sortie de sa vie en s’entichant d’une bourgeoise de 10 ans son aînée qui lui permet de vivre sa passion de la peinture. Très vite, l’histoire dérape, Annie propose de porter un enfant pour cette femme stérile en ayant des rapports sexuels avec son mari. Mais une vraie relation finit par se créer, si bien que Madame M., la bourgeoise, l’apprenant décide de cloitrer Annie jusqu’à son accouchement, pour ensuite la jeter à la porte dans un Paris en guerre. Annie étant tombée folle amoureuse du père de son enfant souhaite désormais garder le bébé et une aversion entre les deux femmes naît.

Mais pourquoi Camille reçoit-elle ces lettres ? Qui est ce Louis ? Et pourquoi cette Madame M. lui rappelle-t-elle dangereusement sa mère ?

 Avis personnel
Il faut bien le dire, cette histoire est quelque peu tordue. Louis aime Annie, Annie tombe amoureuse du mari de son amie Madame M. avec qui elle entretient une liaison sous le toit conjugal et au début du moins avec le consentement et même l’encouragement de cette Madame M. Et je passe sur le reste de l’histoire qui n’est pas moins alambiqué. Mais sincèrement, ses cinq prix littéraires, Le confident ne les a pas volés.

Tout d’abord, le passage d’une histoire à l’autre est bien clair, ce qui n’est pas toujours le cas. Dans Elle s’appelait Sarah, histoire que j’ai pourtant adorée, on passait d’une histoire à l’autre sans comprendre directement qui parle ? Quel est le rapport  entre les deux récits ? Et au début d'un roman, cette incompréhension a parfois tendance à m’agacer. Ici, tout était clair, me voilà sauvée !

Ensuite, j’ai complètement accroché aux histoires d’amour entre les différents personnages. Malgré les côtés un peu glauques de leur histoire, on ne peut qu’espérer qu’Annie puisse vivre son grand amour et ce, au détriment de son amie, de sa rivale. Voir Monsieur M. à ce point soumis à sa passion amoureuse qu’il en oublie la prudence de rigueur, on s’en réjouit. C’est totalement immoral et pourtant on veut que ça marche! Au diable les convenances et la bienséance!

D’un autre côté, on se prend de pitié pour cette pauvre femme tellement désespérée de ne pas  avoir d'enfants qu’elle imagine l’impensable. Dans quelle détresse vit-elle pour prêter son mari comme on prête un rouge à lèvre ? Et puis le pauvre Louis, chargé de raconter une histoire qui n’est pas la sienne, alors même qu'il n'y a qu'un rôle secondaire.

Qui plus est, le fond historique ne gâche rien, au contraire. On se fond dans l’ambiance de cette guerre, de l’homme aimé qui part au front, à la vie ralentie dans Paris. J'ai un véritable goût pour les histoires portant sur la seconde guerre mondiale. Et surtout pour la littérature lazaréenne telle que Si c'est un homme de Primo Levi ou Une jeunesse au temps de la Shoah de Simone Veil. Bien sûr, ces livres sont difficiles et parler de goût pour cette littérature est délicat. Mais je ressens le besoin de tenter de comprendre l'incompréhensible. Je pense qu'il est important de ne pas banaliser les événements pour ne jamais laisser de telles choses se reproduire. Ici, l'histoire n'est vraiment qu'une toile de fond, mais cela accentue la vraissemblance de ce récit fictionnel.

La plume d’Hélène Grémillon est sacrément affutée pour un premier roman. Je n’ai pu m’empêcher de relever des phrases telles que :

«  Comme souvent, ma génération fut sacrifiée à la bêtise de la précédente. » page 30.

Mais que c’est vrai !! J’adore les années 60, d’abord pour sa musique, mais également pour le vent de liberté et de légèreté qui a soufflé sur le monde. Mais on ne peut nier que leur enthousiasme nous a créé quelques torts. Les supermarchés, la grande consommation paraissaient être une (r)évolution, mais aujourd’hui nous sommes dans un  monde où cette consommation pose un réel problème écologique et moral. Et c’est la même chose pour le pétrole.

D’autres citations ont également éveillé mon intérêt :

« Ce ne sont pas les autres qui nous infligent les pires déceptions, mais le choc entre la réalité et les emballements de notre imagination » page 35.

Encore une fois, elle n’a pas tort, les autres ne peuvent nous offrir que ce qu’ils sont, rien de plus. Alors pourquoi attendons-nous tellement des gens que nous aimons? (Je ne peux m’empêcher de rapprocher cette citation avec celle de Zafon).

« Les mots servent à arranger la nature des choses »  page 36.

Je ne sais pas vous, mais je n’ai pu m’empêcher de sourire.
Je vous glisse une interview d’Hélène Grémillon qui présente son premier roman!

 

 

 

dimanche 14 octobre 2012

Jean-Claude Mourlevat, L'enfant Océan, Paris, Pocket jeunesse, 1999



Mes hypothèses de lecture :
En observant la première de couverture, quelques éléments me sautent aux yeux. Il y a trois paires de jumeaux. Chaque enfant est habillé de la même manière que son frère jumeau (Je n'aime pas du tout cette sale manie qu'ont les parents! Ce n'est déjà pas facile de reconnaître des vrais jumeaux alors si on les habille de la même façon, c'est se foutre du monde!). Une question me trotte dans la tête, pourquoi sont-ils tous habillés comme s'ils venaient du pôle Nord alors qu'ils se trouvent près de la mer sous un ciel radieux? En avant plan se trouve un petit garçon entouré d'une lumière blanche, un peu comme un spectre. Le petit garçon semble bien être là, en chair et en os, mais alors pourquoi cette lumière blanche ? (Non je n'ai pas bu trop de vin, promis!)

Mon avis: 

Mais c'est quoi ce roman???!!! Donnerais - je ce livre à mes élèves? Si je veux leur apprendre l'expérience de la frustration, oui! Si je veux pouvoir leur répondre : "Non, je ne sais pas non plus pourquoi l'auteur a décidé de rester dans le flou total et de placer un personnage entre le réel et l'irréel." et briser ainsi leur croyance en l'omniscience des professeurs.

Ce livre m'a décue, il me donne l'impression de m'être endormie à côté d'un Apollon et de me réveiller à côté d'un Elfe de maison qui bave! D'avoir attendu toute la journée pour manger mon dessert préféré et lorsque je me décide à le manger, découvrir qu'il a un goût de vieux herve moisi.

La couverture était annonciatrice pourtant, mais gentille fille que je suis, je me suis convaincue: "Non Sarah, ne commence pas en râlant! L'habit ne fait pas le moine, la couverture ne fait pas le livre".

Vous l'aurez compris, j'avais fondé pas mal d'espoir sur L'enfant Océan, je me sens flouée, abusée. Mais pourquoi avoir écrit cette fin qui veut dire tout et son contraire? Imaginer un enfant dont on sait pas qui il est? Est-il réel ou non? Est-il le petit Poucet ou bien les indices d'une adaptation assumée du conte de Perrault n'était qu'un leurre ?

Autant le roman m'aura fait rire, sourire, m'aura émue (un peu), autant la fin n'aura causé qu'un agacement certain. Non, mais quel gâchis!
Je me rappelle maintenant des bons passages avec nostalgie : "Qu'est-ce qui est assez petit pour passer par la chatière, et qui a des doigts pour dévisser le pot de rhubarbe? Tournez et retournez la question comme vous voulez, mais si vous avez deux sous de jugeote, vous arriverez à la même réponse que moi : c'est un singe. Un singe, je vous dis. Qui se sera échappé d'un cirque. Et voilà." page 50
Bon allez, je respire, j'essaie d'oublier cette fin et j'essaie d'admettre que ce roman serait une bonne base pour une leçon sur les niveaux de langue. Voilà, c'est tout. Je n'en dirai plus rien, seulement, je ne peux m'empêcher de poster cette chanson qui traduit bien toute ma frustration.





 http://www.laprocure.com/enfant-ocean-jean-claude-mourlevat/9782266203227.html