"Chaque livre a une âme. L'âme de celui qui l'a écrit, et l'âme de ceux qui l'ont lu, ont vécu et rêvé avec lui."

"Bientôt, l'idée s'empara de moi qu'un univers infini à explorer s'ouvrait derrière chaque couverture tandis qu'au-delà de ces murs le monde laissait s'écouler la vie en après-midi de football et en feuilletons de radio, satisfait de n'avoir pas à regarder beaucoup plus loin que son nombril. "

Carlos Ruiz Zafon

jeudi 24 octobre 2013

Je suis le dernier juif

Je n'ai presque plus le temps de lire -vive les leçons et la troisième année- mais il me reste l'envie d'écrire!
Par un heureux hasard - bon, je me suis quand même retrouvée dans le rayon sur la seconde guerre mondiale et ce, pas tellement par hasard -, j'ai découvert ce tout petit livre de 144 pages dont le titre accrocheur m'a au premier abord déplu : "Je suis le dernier juif", c'est peut-être un chouïa excessif.
Mais je ne crache pas sur un récit de vie court et efficace sur la vie dans les camps, surtout quand il pourrait se révéler être une perle pour mon TFE.
Bon, Chil Rajchman a vécu l'expérience de la révolte de Treblinka que je connais très peu, c'est une belle occasion d'en savoir plus.
Très vite, je fais un parallèle avec Primo Levi, non pas parce que leurs témoignages se ressemblent, parce que chaque expérience est unique, même si elle relate des faits qui peuvent se ressembler étant donné que tout cela est une pièce du rouage de la machine nazie si bien rodée, mais plutôt par sa structure, de courts paragraphes sans forcément de fil conducteur à part peut-être celui de la mémoire.
Et puis, ce qui me frappe, c'est la précipitation dans laquelle ils ont réussi à écrire ces grands livres, comme s'ils avaient peur d'oublier ou comme s'ils avaient besoin de vider leur sac pour vivre.
Mais ce qui me frappe dans ce récit c'est la dureté des propos. Là, vous vous dites : "Tu t'attendais à quoi Sarah? Un récit de bisounours?". Bien sûr que non, des récits sur l'horreur des camps, j'en ai lu, mais j'ai rarement eu cette impression que j'allais soit pleurer, soit vomir.
Je suis toujours très perméable à ma lecture, ce qui fait que je peux être très sombre, pendant plusieurs jours après la lecture d'un récit comme celui-ci.
Mais cette fois, c'était différent, si Primo Levi restait sobre, ce n'est pas le cas de Chil Rajchman, il n'épargne pas son lecteur, les détails horribles sont bien présents.
Alors, je suis partagée entre le fait de me dire :  "pourquoi nous aurait-il épargnés après tout? il raconte ce qu'il a vécu et qui sommes-nous pour nous plaindre que c'est trop difficile à lire?" et celui de me dire : "Pourquoi mettre autant de détails atroces qui mettent mal à l'aise le lecteur et n'ajoute rien à la compréhension de la détresse du narrateur?"
J'en ai conclu que si l'auteur a raconté ces détails, c'est qu'après tout, c'est ce qui l'a marqué, qu'il veut transmettre ça aussi.
Après, l'intérêt de sa lecture est ailleurs, Chil Rajchman est un des rares témoins (avec Martin Gray) de "l'envers du décor". L'auteur a approché au plus près le système d'extermination nazi, le tout, sans y perdre la vie, ce qui est assez exceptionnel. Ainsi, Chil nous raconte comment il a coupé les cheveux de ces femmes, passage difficile quant on sait ce qui arrive à ces femmes, participant ainsi à cette dernière humiliation (il y en a encore post mortem malheureusement). Ce passage m'a particulièrement frappé, il paraît tellement insignifiant par rapport aux autres atrocités, mais il est tellement rarement abordé, que si je devais présenter un seul passage à mes élèves, ça serait celui-ci, je le retranscris :
"Nous sommes pétrifiés. Au bout de quelques minutes on entend des cris de détresse. Des femmes nues apparaissent. Dans le couloir, un assassin leur indique de courir en notre direction. Il fouette sans merci et cire : "Schneller, schneller, plus vite!".
Je regarde ces pauvres femmes et je n'en crois pas mes yeux. Chacune d'elles s'assied devant un coiffeur. Une jeune femme s'avance vers moi. Mes mains sont paralysées, je ne peux plus bouger les doigts. Elles nous font face et attendent que nous coupions leurs belles chevelures. Les pleurs sont déchirants.
Mon camarade, à côté, me dit : "Souviens-toi que si tu travailles trop lentement, un assassin s'en rendra compte et tu seras perdu."
J'ouvre les doigts de ma paume crasseuse, je coupe les cheveux de cette femme et les jette dans la valise. Tous les autres font de même. La femme se relève. On voit qu'elle a été sonnée par les coups qu'elle a reçus. elle me demande où elle doit aller ensuite et je lui montre la deuxième porte. J'ai à peine le temps de me retourner qu'une deuxième femme est déjà assise devant moi, elle me prend la main et veut l'embrasser : "Dites-moi, que vont-ils faire de nous? Est-ce la fin?" Elle pleure et me demande si c'est une mort pénible, si ça dure longtemps, si on est gazé ou électrocuté.
Je ne lui réponds pas. Elle insiste, elle veut que je lui dise car elle sait qu'elle est perdue. Je ne parviens pas à lui avouer la vérité et je la réconforte. Cet échange n'a pas duré plus de quelques secondes, le temps que je coupe ses cheveux. Je tourne la tête car j'ai honte de la regarder dans les yeux."
...
"Tout à coupe le flot des victimes s'interrompt : les chambres à gaz sont pleines. L'assassin qui se tient à la porte des chambres à gaz annonce une pause d'une demi-heure et s'en va. des Ukrainiens et quelques SS restent avec nous. Je prends le temps de réfléchir et réalise l'horreur, l'enfer. Les assassins nous obligent à raser nos sœurs quelques minutes avant de les envoyer à la mort, et nous, morts en sursis, nous obéissons sous l'autorité du fouet. On nous a ôté l'entendement, pour ces assassins nous ne sommes que des outils. L'ami qui triait à côté de moi me dit à voix basse : "Comme tu as changé! Je ne te reconnais pas!" Je ne réponds pas, et il n'insiste pas.
Au bout de quelques minutes, des assassins entrent et nous ordonnent de chanter une chanson, une jolie chanson."

Ces phrases courtes sont autant de gifles que l'on reçoit avec en plus, cette culpabilité qui nous brise le cœur, cette conscience de l'absurdité de l'esprit humain, de la folie humaine.
Ce récit est poignant, il révèle toute la détresse d'un homme qui est contraint de participer à ce qu'on inflige à ses camarades pour sauver sa propre vie.
Je ne le proposerais pas comme première approche des récits sur les camps, mais il est non négligeable!

lundi 16 septembre 2013

La vérite sur l'Affaire Harry Québert

Après avoir crié haut et fort que j'allais pouvoir lire tout ce qui me plairait des vacances, la réalité a été totalement différente.
Début juillet : pas un livre d'ouvert, mais quoi de plus normal après cette année scolaire, il me fallait du repos.
Fin juillet : "Ca serait génial que j'aie entamé la liste de Madame Muselle, pour m'avancer", j'ai essayé Nothomb, Sartre, après 4 pages, je m'endormais comme atteinte de mononucléose.
Début août : pas d'amélioration constatée.
Inutile de préciser que l'angoisse de la rentrée avec ses listes de livres obligatoires commençait à me hanter. J'avais 200 livres non lus, du temps, mais rien ne me tentait. J'ai donc été victime du consumérisme, il me fallait un nouveau livre, un tout frais acheté.
J'avais envie de lire : La vérité sur l'Affaire Harry Québert, et ce, depuis plusieurs mois. Mais maintenant que je connais les mécanismes des maisons d'édition, je tente d'attendre la sortie en format de poche. La tentation était trop forte!
Et diantre, comme j'ai bien fait!!!

Dès les premières pages, je suis totalement rentrée dans l'univers de l'auteur. Je suis très adepte des histoires dans l'histoire. Nous avons tout au long du roman des va-et-vient continuels entre différentes époques : 2008, 1975 et puis 1969.
En 2008, nous suivons deux écrivains, avec leurs hauts et leurs bas, une vision critique du monde de l'édition, une idée de la fugacité du succès. 
En 1975, une incroyable histoire d'amour entre une jeune fille de 15 ans et un homme de près de 40 ans.
En 1969, le passé de cette chère Nola est dévoilé.

Ces trois parties sont très intéressantes, mais j'avoue avoir une prédilection pour l'été 1975. Je dis souvent que j'aurais voulu me pencher sur les phénomènes amoureux. Surtout les prémisses de l'amour. Cet amour naissant à quelque chose de curieux et les personnages se font les porte-paroles de notre étonnement : "Comment peut-on aimer une fille de 15 ans?"
Mais contrairement à ce que je craignais, l'enquête est haletante et alors qu'on croit l'affaire bouclée à la page 400, elle est loin de l'être, allant de rebondissement en rebondissement.

Un ouvrage plein de personnages forts également. Un personnage secondaire, mais plein d'humour (malgré elle) étant la maman de Marcus - peut-être parce qu'elle me rappelle la mienne - : 
"- Pourquoi tu cours t'occuper d'un vieux professeur au lieu de te chercher une femme? Tu as trente ans, et tu n'as marié personne encore ! Tu veux qu'on meure sans t'avoir vu marié?
- Tu as cinquante-deux ans, maman. On a encore un peu de temps.
- Cesse d'ergoter ! T'a-t-on appris à ergoter, hein? [...]
- Markie chéri, écoute, je dois te demander : es-tu amoureux de ce Harry? Fais-tu de l'homosexualité avec lui?
- Non ! Pas du tout ! [...]
- Tu me demandes si je suis homosexuel? non ! Et même si c'était le cas, il n'y aurait rien de mal à ça. Mais j'aime les femmes, Maman.
- Les femmes? Comment ça, les femmes? Contente-toi d'en aimer une, veux-tu ! Les femmes ! Tu n'es pas capable d'être fidèle, c'est ça que tu essaies de me dire? Es-tu un obsédé sexuel, Markie? Veux-tu aller chez un docteur psychiatre pour te faire faire des soins mentaux?"

Nola, quel personnage!! De ceux qu'on aime un peu aussi à travers le regard du narrateur. Quand l'amour est bien raconté, on se prend au jeu, forcément.
"Être avec Nola, c'était vivre vraiment. Je ne saurais pas vous le dire autrement. Chaque seconde passée avec elle était une seconde de vie vécue pleinement. Voilà ce que signifie l'amour, je crois."

lundi 13 mai 2013

Jusqu'au dernier mot.

Je suis presque triste en fait, de finir là le blog, c'est peut-être le signe que ce n'est pas fini, qui sait, peut-être que l'an prochain, je reviendrai ici, si j'ai le temps.
Je suis une grande nostalgique alors la fin d'une année de plus, toutes ces expériences qu'on a faites, ces choses que l'on a apprises...Et l'impression que mine de rien, j'avance, lentement, mais sûrement, ça fait toujours bizarre.
Vous vouliez qu'on s'approprie notre blog, je pense que c'est fait, j'y ai mis mes pensées les plus virulentes, mes réflexions plus ou moins judicieuses.
Vous avez dit dans un commentaire que je devrais me plier au difficile exercice de me décrire moi-même, mais finalement, j'ai le sentiment de n'avoir fait que ça, dans ce blog, parler de moi. Il y a beaucoup de moi dans toute cette exaltation des commentaires, l'affirmation de mes goûts...
Mais si je devais dire quelque chose quand même, je dirais que j'ai le défaut de mes qualités:
Je suis passionnée au point de parler trop ou pas assez bien.
Je suis une personne de principes, que je peux défendre au point, bien souvent, de me desservir.
Et j'ai finalement trouvé ma place, dans la lecture et avec mes "petits" élèves!
Bonnes vacances à tous!

Mais là tout de suite, pour moi, c'est une soirée (bien méritée) au calme et puis on pensera aux examens!

Last but not least

La maison du Scorpion! Mon dieu, j'ai ADO-RE!!!!
J'étais d'ailleurs très frustrée de ne pas pouvoir donner mon avis dans le travail sur les genres!
Ca c'est de la très très grande science-fiction!
Déjà, le clonage, j'adore!! Je trouve que c'est un sujet de réflexion extrêmement riche et il est traité ici avec brio. Toutes les réflexions morales qu'une telle pratique peut poser se retrouvent ici.
Ensuite, j'ai, à l'instar d'El Patron, une très grande fascination pour l'Egypte des pharaons, quelle époque passionnante! Je n'aurais pas voulu y vivre mais qu'importe! Cela soit dit en passant, je trouve le personnage d'El Patron extrêmement bien construit, complexe au possible, encore un bourreau humanisé (son enfance chaotique, son affection toute relative pour Matt), effrayant mais attirant un certain respect. Tam Lin, lui aussi est un personnage très riche
L'ambiance du roman est juste délectable: sombre, effrayante, poussiéreuse...
Ce que je trouve très très intéressant également, c'est l'impression qu'il y a deux histoires. Ce récit pourrait d'ailleurs tenir dans deux volumes, l'auteur aurait pu s'arrêter après le départ de Matt pour recommencer dans un deuxième livre. Les deux grosses parties du récit sont toutes deux délectables, même si je le reconnais, j'ai préféré la vie de Matt dans la maison!

Je n'ai pas de mots pour décrire tout l'intérêt de cette histoire, mais je pense que mon silence rêveur permet de comprendre tout mon respect pour cette histoire qui nous emmène à Opium.
Il me reste une chose à dire pour conseiller Julie - je crois bien qu'elle est la seule qui me lit- ne lit surtout pas la quatrième de couverture!!


BLACKMAN Malorie, Entre chiens et loups, Milan, Coll "Macadam", 2005, Toulouse.

J'avais d'abord été à la Parenthèse pour La maison du Scorpion, mais ils ne l'avaient plus. En ayant marre de devoir revenir toutes les semaines, j'ai pris Entre chiens et loups.
La lecture a été très rapide, j'ai beaucoup apprécié.
Surtout le renversement de situation, qui était très riche pour la réflexion. Mon moment préféré étant le cours d'histoire.
Ce livre reflète très bien une des caractéristiques de la science-fiction que j'adore, nous présenter de la fiction pour nous faire réfléchir sur la réalité. C'est très bien réalisé ici, puisque, effectivement, nos livres d'histoire nous enseigne très peu ce que les personnes noires ont apporté au monde, alors que je suis sûre qu'ils n'ont pas à rougir de leur contribution. J'ai également apprécié les changements effectués dans les textes saints qui montrent bien combien les discrimination peuvent s'ancrer.
J'ai aimé aussi l'utilisation de néologismes tels que Prima (primus- premier rang) et nihils (rien en latin).

Je trouve ce récit très prenant, la peine que l'on ressent pour Callum est énorme, notamment pour ses problèmes familiaux (la mort de sa soeur...) et la fin est tragique (j'ai pleuré à chaudes larmes!!)
Ce qui est très riche ici, c'est que le héros, soumis à une ségrégation est blanc. Ce qui peut nous permettre à nous, blancs, de vivre, à travers Callum, la ségrégation. Pouvons-nous comprendre vraiment ce que c'est, nous qui avons toujours été du côté appréciable de la "barrière"? Je ne suis pas sûre! Je trouve ça très intéressant pour nos élèves, parfois racistes, de s'identifier à un personnage qui subit cette absurdité.

Ce que j'apprécie énormément également, c'est la complexité des rapports entre Callum et Sephy. Si Callum aime follement Sephy, l'inverse est plus compliqué. Bien sûr elle l'aime, elle l'affirmera en portant leur enfant, mais sa place dans la société la pousse parfois à blesser Callum, voire à le rejeter.

Ce qui est un peu moins bien, à mon sens, c'est cet amour adolescent que l'on retrouve toujours - nos adolescents auraient-ils les hormones qui bouillonnent?-. Un roman serait-il à succès sans deux ados qui s'aiment envers et contre tous? C'est Roméo et Juliette, Edward et Bella...Enfin, on échappe au triangle amoureux, c'est déjà ça!

Ma plus grande déception?
Votre avis sans appel, la suite ne vaut pas la peine! Et bien mince, moi qui adore les cycles et qui ai adoré le premier, je suis quelque peu frustrée. M'enfin, je ferai avec!

J'ai notamment utilisé la quatrième de couverture lors de ma leçon sur les récits de vie, pour un exercice sur les récits factuels ou fictionnels:


Imaginez un monde.
Un monde où tout est noir ou blanc. Où ce qui est noir est riche, puissant et dominant. Où ce qui est blanc est pauvre, opprimé et méprisé. Un monde où les communautés s’affrontent à coups de lois racistes et de bombes. C’est un monde où Callum et Sephy n’ont pas le droit de s’aimer. Car elle est noire et fille de ministre. Et lui blanc et fils d’un rebelle clandestin...
BLACKMAN Malorie, Entre chiens et loup, Milan, coll. Macadam, Paris, 2011.

Selon toi, cette histoire s’est-elle vraiment déroulée?
Non
Réécris ci-dessous les éléments du texte qui te font penser qu’il s’agit soit d’une histoire vraie soit d’une histoire inventée.
Imaginez un monde. => Appel à l’imagination
Où ce qui est noir est riche, puissant et dominant. Où ce qui est blanc est pauvre, opprimé et méprisé. => Renversement d’une situation historique.



Sobibor, je l'utilise!

Alors, Sobibor, je l'utilise en classe à coup sûr!
Notamment concernant les récits de vie grâce à sa richesse notamment sur la vraisemblance du récit, le journal intime et ses caractéristiques, la sincérité du propos.
On pourrait le mettre en parallèle avec le journal intime d'Anne Franck par exemple, pour comparer un journal intime factuel et un fictionnel. Analyser le pacte de lecture par le biais, de la postface.
Tellement de choses à dire, à faire lorsqu'un récit est si bon!

Et puis, amorcer le travail de mémoire pour le cours de morale, pour aborder la Shoah. Mais on peut également s'en servir dans une leçon sur la confiance en soi, l'anorexie étant une maladie qui touche pas mal les jeunes.

Et puis je relève ce passage qui m'a retournée, tellement révélateur de la pensée nazie:
"Notre efficacité provient de notre aptitude à maîtriser nos émotions. Ce ne sont pas des êtres humains que nous traitons. Le plus difficile est de le comprendre et de l'accepter. Quand on a saisi cette évidence, tout devient tellement plus simple. Il nous faut veiller également à ne pas poser le problème en termes prétendument moraux. Nous sommes par-delà le bien et le mal, et notre œuvre pourrait susciter bien des incompréhensions. Il importe donc qu'elle soit achevée quand nous nous en expliquerons. A ce moment-là, elle s'imposera par son évidence."

MOLLA Jean, Sobibor, Gallimard, Coll "Jeunesse", 2009, Paris.

D'habitude, je m'intéresse fort peu au paratexte, me contentant du "gros" du texte. Mais ici, après avoir pleuré et apprécié le texte, je ne sais pas pourquoi, cela me semblait incontournable.
Il est rare que les postface me captivent autant. 
Mais il y a une raison, les autres de la classe vous diront que "j'adore" les camps. Je déteste ce terme, comme si on pouvait adorer l'enfer sur terre. Mais il est vrai que j'ai une grande sensibilité à l'égard de ces événements. Déjà, mon prénom a été choisi en souvenir de cette époque. En 1939, les enfants portant un prénom d'origine non-juive sont obligés d'ajouter Sara ou Israël à leur prénom.  Je ressens un fort besoin de mémoire étant donné qu'on m'a toujours sensibilisée à cette problématique, au point que je pars ce week-end en voyage avec les Territoires de la mémoire. Nous visiterons Buchenwald et Dora.
Ce devoir de mémoire, je le porte en moi et je le revendique. J'ai donc beaucoup apprécié cette préoccupation qu'avait Jean Molla. Il aurait pu se contenter de parler de l'anorexie d'Emma, sujet suffisamment complexe et riche pour occuper un livre entier. Mais non, Jean Molla, marocain d'origine, a le sentiment de devoir se souvenir et d'aider les autres à le faire. Pourquoi certains, comme Jean Molla et moi se sentent investis d'une mission qui au fond, ne reflète pas leur histoire personnelle? Sans doute, parce que la déportation, c'est l'histoire de l'Humanité. C'est un exemple criant de ce que les hommes sont capables de faire, de ce que les hommes pourraient encore faire dans certaines circonstances.
Pour moi, il est obligatoire de se souvenir, il serait intolérable de fermer les yeux sur cette époque. Ce serait comme ignorer ces millions de morts.

Qui plus est, ce devoir, il l'accomplit très bien.
D'abord, le choix du camp. Ce n'est pas Auschwitz ou Buchenwald dont on entend davantage parler. Non, c'est Sobibor. Camp que je connaissais uniquement de nom parce qu'il était cité parmi d'autres aux Territoires de la mémoire, lorsqu'on se trouve devant une carte de l'Europe où une lumière s'allume dès qu'un nom de camp est cité - moment très impressionnant je trouve-. Sinon, Sobibor, jamais entendu parler. Comme le dit Jean Molla, c'est le crime parfait: pas de corps, pas de bâtiments, plus aucune trace. Comment se souvenir d'un lieu dont il ne reste presque aucune preuve de l'existence? Tout a précisément été fait pour ne pas que l'on se souvienne de ce lieu. Et Jean Molla, par son livre, fait un sacré pied de nez à l'histoire. Ce n'est pas le seul crime parfait, malheureusement, on ignore bien souvent que Buchenwald a resservi, après la seconde guerre mondiale, les communistes s'en sont servis pour y mettre les opposants au régime et les nazis. Ensuite, ils ont détruit certains bâtiments, enterrés les corps et fait pousser une forêt, histoire qu'on ne cherche pas trop qui étaient les responsables. 
Ensuite, le point de vue pris par Molla est très intéressant, il aurait pu raconter l'histoire du point de vue d'Eva, mais il préfère la raconter de celui du bourreau. J'aime beaucoup ce genre de point de vue, parce qu'on sait relativement bien ce qu'ont vécu les victimes, on en a idée. Mais peu d'ouvrages s'arrêtent sur la psychologie des bourreaux, à part La part de l'autre ou La mort c'est mon métier.
Il est important d'humaniser les bourreaux, de voir les choses telles qu'elles sont, chaque homme a des bons et des mauvais côtés. C'est cela l'humanité. Certains préfèrent ne pas être assimilés à ce genre de personnes, ils préfèrent donc déshumaniser les bourreaux. C'est là le danger, si on imagine que toutes les personnes qui commettent des atrocités ressemblent à Dracula, on ne se méfiera jamais assez de ceux qu'on considère humains.
Par exemple, dans La part de l'autre, Eric-Emmanuel Schmidt parle de l'échec scolaire d'Hitler, son ressenti. Ce passage est atrocement parlant de ce que j'ai personnellement ressenti : une impression que le monde s'écroule, mais que les autres ne réalisent pas. Une colère face au monde qui continue de tourner comme si rien ne s'était passé alors que le notre s'est arrêté. Et oui, comme quoi, il y a un peu d'Hitler en moi, comme en chacun d'entre nous, mais qui accepte de le reconnaître?

Pour accompagner cet article, Buchenwald vu de l'extérieur, avec encore une affreuse maxime proprement germanique sur la grille : "Jedem das Seine", "chacun reçoit ce qu'il mérite". Cela rappelle le très ironique "Arbeit Macht Frei" d'Auschwitz.

 http://matthewsalomon.wordpress.com/2008/05/02/goethe-das-gottliche-on-the-divine/

Un vampire, des vampires

L'idée d'une petite comparaison approfondie m'est venue en tête lorsque nous parlions de Vampire Diaries!
Le vendredi soir est mon jour "Vampire diaries", je finis les cours, je reprends le train, je mange, je me lave et hop, au lit avec mon épisode. C'est un rituel qui me permet de bien clôturer ma semaine.
Une série à laquelle j'ai vraiment accroché!

Dracula ne mange pas de nourriture humaine (p.13):
"Je vous en prie, dit-il, prenez place et soupez à votre aise. Vous m'excuserez, j'espère si je ne partage pas votre repas; mais, ayant dîné, je ne pourrais point souper".
Dans Vampire Diaries, les vampires peuvent manger de la nourriture normale. Ils boivent également de l'alcool pour calmer leur soif de sang (Damon boit les deux en grande quantité). D'ailleurs, dans la vidéo qui suit, Elena  (le personnage principal) demande à Damon comment se fait-il qu'il mange. Il lui explique - en anglais, malheureusement je n'ai pas trouvé ce passage sous-titré - que tant qu'il garde assez de sang dans son système, son corps fonctionne de manière plutôt normale.



Dracula a constamment un aspect de vampire que Bram Stocker décrit son aspect comme suit (p. 14):
"Son nez aquilin lui donnait véritablement un profil d'aigle; il avait le front haut, bombé, les cheveux rares aux tempes mais abondants sur le reste de la tête. La bouche avait une expression cruelle, et les dents, éclatantes de blancheur, étaient particulièrement pointues. J'avais bien remarqué, certes, le dos de ses mains, qu'il tenait croisées sur ses genoux, et, à la clarté du feu, elles m'avaient paru plutôt blanches et fines; mais, maintenant que je les voyais de plus près, je constatais, au contraire qu'elles étaient grossières : larges, avec des doigts courts et gros. Aussi étrange que cela puisse sembler, le milieu des paumes était couvert de poils. Toutefois, les ongles étaient longs et fins, taillés en pointe"
Dans Vampire Diaries, les vampires sont extrêmement beaux, mais contrairement à Twilight où le fait d'être vampire les embellit, ici, c'est plutôt le choix des acteurs - Surtout Ian Somerhalder qui joue Damon - qui est en cause. Ils ont une apparence normale, sauf quand ils se préparent à attaquer, alors leurs yeux prennent un aspect étrange, les veines sous leurs yeux deviennent rouges et leurs canines sont proéminentes.
On peut voir une vampire, Anna, se "transformer" dans la vidéo qui suit.

Dracula s'entoure parfois de brume ou d'animaux tels que les rats.
Dans Vampire Diaries, au début de la série, les apparitions de Damon étaient précédée soit d'un brouillard épais, soit d'un corbeau, soit les deux. Cette pratique n'a pas duré.
En voici un exemple:


Alors que dans Dracula Mrs Lucy retrouve son visage humain une fois qu'elle a reçu un pieu dans le cœur, les vampires de Vampire Diaries changent d'aspect une fois mort : leur peau devient grisâtre et des veines noires apparaissent, comme on le voit sur cette vidéo où Damon assassine Lexi d'un pieu dans le cœur.


Justement, comment vaincre un vampire?
Dans Dracula, on utilise un pieu dans le cœur et/ou on tranche la tête pour tuer le vampire.
Dans Vampire diaries, pour tuer un vampire (un simple vampire parce qu'il existe des vampires originels aux caractéristiques particulières), on peut utiliser un pieu en bois dans le cœur, trancher la tête ou le confronter à la lumière du jour. Oui, nous ne sommes pas dans Twilight, les vampires ne brillent pas gentiment au soleil parce que c'est trop mignon tout plein. Non, ils brûlent, de manière bien trash, allant jusqu'à prendre feu. Je suis déçue, je n'arrive pas à trouver le passage où Elena prend littéralement feu. On ne parle pas de ce qui arriverait à Dracula s'il était soumis à la lumière du jour, dommage. Dans Vampire diaries, certains vampires ont des bagues créées par des sorcières pour leur permettre de se déplacer le jour.
Ici, Damon tente de se suicider en brûlant :


Alors que dans Dracula, les objets religieux (ostie, croix) ainsi que l'ail permettent d'éloigner les vampires, dans Vampire Diaries, c'est la verveine qui est utilisée soit pour affaiblir les vampires si on l'utilise contre eux, soit pour les empêcher de contraindre (forcer les humains à leur obéir en utilisant leurs yeux) s'il est consommé par les humains.
Ici, Stephan saute dans un puits de verveine (il ne le savait pas) :

Comme je l'ai dit, la verveine empêche les pouvoirs hypnotiques de fonctionner.
Dracula possède également ce pouvoir qu'il utilisera notamment contre Renfield.
Un petit exemple de contrainte exercée par Damon pour forcer Caroline à l'inviter à la soirée:


C'est d'ailleurs dans cet extrait que Damon lit des passages de Twilight dont il se moque ouvertement.

Pour terminer: comment devient-on un vampire?
Dans Dracula, il suffit d'avoir été mordu par un vampire.
Dans Vampire diaries, il faut mourir avec du sang de vampire dans les veines. Le sang de vampire répare les blessures, donc il arrive que certains humains en boivent pour guérir, mais s'ils meurent ensuite, ils deviennent des vampires.

Bon, j'arrête là la comparaison qui a été très gaie à faire pour moi : parler d'une de mes séries préférées en travaillant, "what else?" comme dirait George Clooney!

Je suis contente!

L'avantage des blog, c'est qu'on s'enrichit mutuellement. S'il y a bien une chose que j'aurai retenu de cette expérience c'est ça!
Julie m'aura permis de rebondir, de voir des choses que je n'avais pas vues par moi-même, de me nuancer...On s'est trouvées littérairement et ça c'est bon!

Je parlais à un ami qui adore lire. Il a vu tous les films sur Dracula et a lu la version intégrale. Il voulait avoir mon avis sur la lecture. Quand je lui ai dit que je n'avais pas vraiment apprécié, il m'a questionnée et j'ai pointé du doigt ce qui me déplaisait. Outre ce que j'ai déjà dit précédemment, j'ai relevé :
- on ne sait pas pourquoi Dracula prend la peine de faire des centaines de kilomètres pour s'en prendre, comme par hasard à Mrs Lucy et Mrs Mina (qui est quand même la femme de celui qu'il a retenu prisonnier).
Selon mon informateur, dans le livre complet, il s'agirait d'un pur sadisme envers Jonathan.
Mais dans les films, il s'agirait d'autre chose... (tu avais vu juste Julie!!), la, preuve en vidéo :

- On parle énormément de Renfield, on comprend qu'il est lié à Dracula, mais on ne comprend ni comment, ni pourquoi! Je doute qu'il prenne une si grande place dans le récit uniquement parce qu'il ouvre la fenêtre et qu'il mettra ainsi en danger Mrs Mina. Bien sûr, son histoire est intéressante, mais je voudrais savoir comment ce lien maître/serviteur s'est créé. D'où vient la maladie mentale de Renfield? On pourrait croire qu'il a été approché par Dracula uniquement en raison de son goût pour les animaux vivants (Pas pour les petits chats qui viennent vous tenir chaud en hiver, non, pour les manger!). D'après ce que mon ami m'a dit, il semblerait que Rensfield soit le premier notaire à avoir rencontré Dracula, il lui sert à la suite d'espion à Londres, la proximité entre la maison de Dracula à Londres et l'asile ne serait donc pas un hasard.

Alors est-ce notre version qui est trop lacunaire ou est-ce les adaptations, la culture populaire qui ont enrichi le texte original? A creuser!






samedi 11 mai 2013

STOCKER Bram, Dracula, Ecole des loisirs, Coll. "Classiques abrégés", Paris, 2005

Je ne pouvais pas me cantonner à Twilight et Vampire diaries toute ma vie, donc je suis plutôt contente de ce retour aux sources forcé.
Mais...(il y a presque toujours un mais!)
1. J'aurais voulu découvrir la version complète, d'autant plus que la quatrième de couverture de l'école des loisirs me laisse quelque peu dubitative. Outre le fait qu'elle dévoile, une fois de plus, bien trop de l'histoire, nous dit ceci:
"Cette collection se propose de rendre accessibles aux jeunes lecteurs de grandes œuvres littéraires. Il ne s'agit jamais de résumés, ni de morceaux choisis, mais du texte même, abrégé de manière à laisser intact le fil du récit, le ton, le style et le rythme de l'auteur".
Cette description de la collection me laisse rêveuse, comment parvenir à cet objectif? Je suis vraiment curieuse d'en savoir plus sur cette technique, surtout qu'il faut bien le dire, ici, ce n'est pas mal fait. Je ne me suis pas sentie perdue. Après, le style, le rythme du récit original je ne le connais pas.
Je ressens l'envie de regarder au-dessus de l'épaule des abrégeurs (Un néologisme de plus sur terre) pour voir comment on s'y prend face à des textes qui font partie des monuments de la littérature - et là, vous pensez, quoi de plus horrible que quelqu'un qui regarde au-dessus des épaules des autres, je sais, je partage votre énervement face à ces gens, surtout ceux qui lisent avec vous dans le train! -.

2. J'ai bien aimé, mais je n'ai pas réussi à ressentir des émotions. Lorsque nous en avons parlé en classe, certains disaient ressentir de la peur en lisant. Comme je suis facilement impressionnable - je suis terrorisée par la marionnette de Saw, je redoutais cette lecture. Mais non, pas un seul instant je n'ai éprouvé ne serait-ce qu'une appréhension. Ce qui est plus inquiétant, c'est que je n'ai pas ressenti d'affection pour un personnage ou de compassion. Attention je vais vous spoiler si vous n'avez pas lu ce livre ou vu les adaptations : Même quand Quincey Morris est mort, aucune indignation, tristesse...Et ça, ça ne me ressemble pas du tout! Je suis toujours emportée par mes passions lors de mes lectures - et dans la vie de tous les jours- , au point de dire sans arrêt des choses qui dépassent de deux fois ma pensée. Mais là, rien. J'ai apprécié, mais rien ne m'a chamboulée. Du coup, je suis un peu déçue tout de même, parce que j'aime ça, pleurer, rire, m'indigner en lisant.

3. Bram Stocker ici à l'envers de la médaille de son succès, je pense. Son livre est tellement célèbre qu'il est entré dans la culture populaire. Bien sûr, on ne sait pas tout, mais l'histoire, dans ses grandes lignes, on la connait tous. Alors bon, il n'y a plus d'effet de surprise puisqu'on sait qui est Dracula, on sait comment le vaincre, on sait ce qu'il va arriver à Mrs Lucy...
A qui la faute? Personne bien sûr, c'est une preuve de la grandeur de cette œuvre, mais ça la déforce, à mon sens, quelque peu!

4. Le système de narration est très très riche. Il y a des lettres, des journaux intimes. Les narrateurs sont très variés. Pour voir la narration dans un état de complexité ultime, voilà notre homme, notre livre. C'est très intéressant et surtout très bien tourné. Mais je crains que ça soit très indigeste pour nos élèves, bien sûr on peut utiliser des passages justement pour cette richesse, mais à lire entièrement, je ne suis pas certaine.

lundi 25 mars 2013

Rencontre avec Brigitte Smadja



Wouaw ! J’ai envie de dire, quelle femme ! Ils disaient donc vrai !
Si l’objectif de Madame Centi était de démystifier le personnage de l’auteur, c’est raté. Brigitte Smadja n’aurait même pas besoin d’être un auteur pour paraître au-dessus de la mêlée. Et pourtant. Elle s’assied sur le bureau, de manière très informelle. Elle dispose de ce que Madame Jardon et d’autres, bien sûr, appellent une présence. Elle n’a pas besoin de faire de grands gestes, de crier, non elle est là et personne ne peut l’ignorer. Sa présence est très palpable, malgré sa petite taille.
Très vite, elle se laisse guider par notre maître d’orchestre, Madame Centi. Elle écoute, elle rit, elle commente. Elle est entièrement avec nous. C’est Daniel Pennac qui m’a ouvert les yeux là-dessus. Un professeur pour captiver ses élèves a besoin d’être là. Ça parait couler de source, mais le stress nous met parfois sur pilote automatique. Et ce n’est pas ça, être là. C’est un moment où chaque parcelle de notre cerveau est dans cette classe, à un moment donné, avec nos élèves. Pas avec l’évaluatrice, pas avec notre ménage du soir. Et Brigitte Smadja donnait cette impression d’être entièrement avec nous. Je ne l’ai pas vue une seule fois regarder sa montre, elle s’en souciait peu. Visiblement, elle prenait du plaisir et nous aussi.
Un objectif est clairement atteint : l’accroissement de notre motivation. Nous sommes relativement débordés (je joue avec les euphémismes aujourd’hui). Et pourtant, malgré le délai plutôt court imposé par notre professeur, la qualité des travaux ne semblent pas en avoir pâti. Chacun semble avoir pris plaisir à préparer sérieusement la venue de Brigitte Smadja. J’ai personnellement pris beaucoup de plaisir à écouter les autres présenter leur travail : surtout la fin réécrite de Nicolas et la rencontre des personnages de Marie, Saïd...dans la pièce faite par les FLE...
Mon seul regret : Ne pas avoir eu la réaction en direct de Brigitte Smadja concernant notre travail. Je sais que le temps était trop réduit pour le faire, mais cette femme est tellement franche, tellement spontanée que j’avais envie de voir. Qui plus est, je n’ai pas l’impression qu’elle fasse semblant ! Quand le groupe de Coralie, Davina et Emmanuelle ont présenté brièvement leur projet, elle a immédiatement donné son avis : elle aime bien Abdelkrim et elle le défendra.
Elle n'a pas été tendre avec les auteurs qui envoient leurs manuscrits : j'y réfléchirais à deux fois avant d'envoyer un texte, si l'envie me prenait.
Bref: une belle rencontre, un bon moment, un vent de légèreté qui nous a fait du bien! 
A refaire? Oui oui oui!
Je pense que l'approche utilisée était très riche. Nous n'avons pas simplement posé des questions. Nous n'avons même pas eu le temps de le faire en fait.
Mais nous nous sommes investis dans un projet, nous y avons mis de nous-même. Cette visite donne du sens aux apprentissages et à la lecture, qui en a trop peu chez nos jeunes.
Les exercices proposés étaient riches, un dossier à garder sous le coude et à réutiliser. Une seule chose: j'aurais aimé qu'on fasse le musée des références.

AUFORT Philippe, Le mioche, L'école des loisirs, Coll. Théâtre.



Pourquoi avais-je choisi ce livre dans la collection théâtre ? J’avais une idée pédagogique. Brigitte Smadja défend l’idée que tout théâtre ne doit pas exister pour être jouer. Je le concède. Mais pour avoir fait l’expérience avec Le jeu de l’amour et du hasard lorsque j’étais en quatrième, je pense que faire jouer une pièce aux élèves ou même leur faire dire le texte, donne véritablement vie au texte. Cette expression prend vraiment sens.
Le mioche de Philippe Aufort, c’est une pièce avec 15 personnages minimum. De quoi donner un rôle à chacun dans une pièce.
Ce texte s’adresse à un public très large : 4e, 3e, lycée, tout public. C’est tentant.
De plus, cette collection a l’avantage de changer du Cid, du malade imaginaire ou encore de l’avare. Même si je suis très attachée à ces classiques qui peuvent garder tout leur intérêt. Brigitte Smadja nous a elle-même parlé du malade imaginaire qu’elle faisait jouer à ses élèves et le grand succès que l’interprétation du malade par un enfant très timide a donné.
La lecture est très courte, mais j’ai le sentiment qu’il me manque des codes, qu’il me manque une pièce du puzzle. Impression qui m’arrive parfois : j’aimerais apprécier, mais j’ai l’impression qu’il manque des cartes à mon jeu. Sans doute, cette impression vient du fait que lors de nos études, nous voyons très peu le théâtre. Sujet vaste que les professeurs essayent d’éviter, peut-être parce qu’ils glissent en terre inconnue. Je suis donc presque une novice. Et puis, le peu de connaissances que j’en ai, je les tire de ma propre expérience. De la diction, parce que mon père ne voulait pas que je sois imprégnée de l’accent dinantais, du théâtre ensuite et de la déclamation. Le théâtre dans l’expérience que j’en ai, ça se joue. Donc me voilà face à un texte, ou les répliques sont écrites au milieu du livre, parfois présentées en colonnes dont on ne comprend pas bien le sens de la lecture. Je ne sais pas bien si j’ai envie d’applaudir l’audace, le génie ou de penser que plus rien n’a de sens.
Comment jouer un personnage qui change sans cesse de ventre ? Je ne devrais pas me poser la question et repenser à Madame Smadja, apprécier la beauté du texte.
Le texte relèverait plutôt de la poésie, mais qu’importe !

Ce qui me fait plaisir, c’est qu’il y a des grandes dames et des grands hommes comme ça, qui ne se posent pas mille questions. Qui ne pensent pas  uniquement en termes d’argent – Bon d’accord, il faut des pièces qui marchent pour pouvoir se permettre de publier, même si ça ne se vendra pas -, qui publient parce que ça les marque, parce que ça leur parle. Et là, même si Le Mioche d’Aufort n’a pas été une révélation pour moi, c’est à saluer ! Cette collection existe, ce livre est publié et c’est une bonne chose.